Plaisir du partage !

Curiosité, créativité, envie, plaisir, découverte, partage...
Bienvenue et bon voyage à ceux qui parcourent ces pages !
C. M.

jeudi 27 juin 2019

Fiction, FRANCK BOUYSSE, "Né d'aucune femme"



Pages vagabondes


Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des personnages qui, par delà les mots, continuent de vous habiter... C'est de ceux-là dont je veux parler.





Franck Bouysse, NÉ D'AUCUNE FEMME, éd. La Manufacture des livres, 2019
 Roman noir, monde rural, violence, résilience, misère, la femme et sa condition sociale



Monde rural. Fin XIXe siècle. Il n'est pas bon de naître fille quand on est de pauvre condition et quel malheur pour un père d'en avoir quatre... inutiles !
Rose, l'aînée, a 14 ans. Elle est alors vendue par Onésime, trop pauvre pour nourrir ses trois autres filles, à un riche maître de forge répugnant et violent, tout comme sa mère avec laquelle il vit. Tous deux, très liés dans la plus basse abjection, fomentent le projet d'avoir un descendant, coûte que coûte. La frêle et naïve Rose leur est ainsi livrée, nue et crue.
Le combat pour la vie et la dignité s'engage et seuls les mots sauveront Rose. Ecrire, raconter ses épreuves, dans des cahiers, lui donnera la force de résister. Ces cahiers sont un témoignage accablant et la preuve de l'existence de Rose.


De vous à moi, de moi à vous...

Dans sa noirceur, la cruauté se déploie et nous emporte sur ses ailes de souffrance et de terreur. Mais c'est résolument du côté de la grandeur et de la lumière que tu nous ramènes, Rose. Debout, après tant de détresse. Debout après tant de désespoir. Etre enterrée vivante dans cet asile est ton ultime épreuve, ils voulaient ainsi recouvrir ton existence, après l'avoir massacrée, effacer toute trace de ton passage sur cette terre, mais ta dignité et ta détermination réduiront leur monstruosité à néant. 
Que vaut la vie d'une Rose ? Bien plus qu'ils ne croient... et la victoire éclatera !



Extraits :


"Les mots, j'ai appris à les aimer tous, les simples et les compliqués que je lisais dans le journal du maître, ceux que je comprends pas toujours et que j'aime quand même, juste parce qu'ils sonnent bien. La musique qui en sort souvent est capable de m'emmener ailleurs, de me faire voyager en faisant taire ce qu'ils ont dans le ventre, pour faire place à quelque chose de supérieur qui est du rêve."

"Nous n'avons rien à espérer du passé. Ce sont les hommes seuls qui ont eu l'audace d'inventer le temps, d'en faire des cloisons pour leur vie."

 L'écriture de Franck Bouysse :

Le roman des failles de l'âme humaine qui évolue entre loup et diable. L'auteur nous donne à vivre la révolte face à la violence, à l'immoralité, mais aussi face à la lâcheté. Il nous donne également à vivre la résilience, à travers une jeune Rose éblouissante. C'est magnifiquement sombre puis ça devient sombrement lumineux à la toute fin. C'est poignant, bouleversant et tellement bien écrit. Le mystère est distillé, au fur et à mesure, dans les silences des dialogues. On avance, petit à petit, et rien n'est laissé au hasard par l'auteur qui orchestre son écriture jusqu'aux révélations finales.


Prix reçu :

Prix des Libraires 2019



Pour voir les autres articles consacrés aux livres de 
Franck Bouysse :

-"Grossir le ciel"
-"Plateau" et, par rapport à ce roman "Les mots retrouvés"





mercredi 12 juin 2019

Fiction, PHILIPPE CLAUDEL, "Les Âmes grises"

Pages vagabondes

Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des personnages qui, par delà les mots, continuent de vous habiter... C'est de ceux-là dont je veux parler.




Philippe Claudel, LES ÂMES GRISES, éd. Librairie Générale Française, 2006
Roman noir, crime, monde provincial, Première Guerre Mondiale


Une vie passée à écrire à sa femme, partie trop tôt. Une vie consignée dans des carnets intimes, que le narrateur, au seuil de sa vie, nous confie. C'est plus particulièrement sur l'Affaire, un crime non élucidé, commis sur une fillette, il y a vingt ans, que le narrateur, ancien policier, souhaite revenir car tout semble tourner autour de cette mort mystérieuse...
Hiver 1917. Première Guerre Mondiale. Dans le petit village de V., au nord-est de la France, "Belle de jour", ainsi surnommée, fille du restaurateur Bourrache, aimée de tous au village, est retrouvée étranglée au bord du canal, tandis que l'épouse du narrateur, en couches, se meurt seule à la maison. L'enquête commence, c'est la rencontre d'une multitude de personnages. Des portraits saisis que le narrateur nous livre, avec toutes les couleurs de la mesquinerie, de la lâcheté, de la cruauté, de l'ignominie même, les couleurs de ces âmes, mêlées de blanc et de noir, de ces âmes grises en somme, plus ou moins nuancées.
Toute une société provinciale est dépeinte avec, en fond, le théâtre d'ombres de la guerre, les bruits d'explosions qui rythment les jours et les nuits, le ballet incessant des hommes qui partent au front, le retour des mutilés et gueules cassées, la honte des épargnés. Et le froid. Cinglant.
Puis les souvenirs personnels du narrateur qui hantent et qui viennent se mêler à cette histoire de crime, à toutes ces petites histoires de villageois.


De vous à moi, de moi à vous...



Certaines âmes étaient blanches et pures, mais trop fragiles pour habiter ce monde et cette guerre, elles n'ont pu fleurir. A croire que la vie n'est faite que pour les autres âmes, celles qui sont ternes, celles qui sont moches, celles qui sont le moins avouables. Ou bien est-ce la perte de l'être tant chéri qui noircit l'âme et qui biaise le rapport aux autres ? Et toi-même, cher narrateur, tu n'es pas épargné, tu n'as pas épargné. Il te reste un dernier secret à avouer avant de partir pour "boucler la boucle"...



Extraits :



Début du roman :

"Je ne sais pas trop par où commencer. C'est bien difficile. Il y a tout ce temps parti, que les mots ne reprendront jamais, et les visages aussi, les sourires, les plaies. Mais il faut tout de même que j'essaie de dire. Dire ce qui depuis vingt ans me travaille le cœur. Le remord et les grandes questions. Il faut que j'ouvre au couteau le mystère comme un ventre et que j'y plonge à pleines mains, même si rien ne changera rien à rien."


"La symphonie des mourants", lorsque que le narrateur va veiller son épouse  à l'hôpital :

"Toute la nuit, le soldat qui était à gauche du lit de Clémence, masqué à ma vue par le drap tendu, a balbutié une histoire sans queue ni tête. Parfois il chantonnait, parfois il s'emportait. Sa voix restait toujours égale malgré tout. Je n'ai pas trop compris à qui il s'adressait, à un copain, à une parente, à une amourette ou à lui-même. Tout y passait, la guerre bien sûr, mais aussi des histoires d'héritage, de pré à faucher, de toiture à refaire, de repas de noces, de chat noyé, d'arbres couverts de chenilles, de trousseau brodé, de charrue, d'enfant de chœur, d'inondation, de matelas prêté et jamais rendu, de bois à fendre.  C'était un moulin de paroles qui n'arrêtait pas de brasser les moments de sa vie pour les rendre dans n'importe quel ordre, collés les uns aux autres, le tout faisant une grande histoire absurde, à l'image de l'existence au fond. Il répétait de temps en temps un nom, Albert Jivonal. Je suppose que c'était le sien, et qu'il avait besoin de le dire à haute voix, pour se prouver peut-être qu'il était encore bien vivant.
Sa voix était comme l'instrument principal de la symphonie des mourants qui se jouait tout autour de moi. Les respirations, les râles, les souffles percés des gazés, les plaintes, les pleurs, les rires des fous, les noms murmurés, ceux des femmes et ceux des mères, et par-dessus tout, la litanie de Jivonal, tout me faisait croire que nous dérivions tous les deux, Clémence et moi, moi la veillant, elle et moi enfermés dans le château de toile d'un navire invisible, sur le fleuve des morts comme il en est dans les histoires merveilleuses que les maîtres nous disent à l'école, et que nous écoutons, les yeux ronds, avec la peur qui sème dans nos veines des picotements et des froideurs, tandis qu'au dehors déjà la nuit semble tomber comme un manteau de laine noire jeté sur les épaules d'un géant."



Les souvenirs du premier baiser échangé avec Clémence :

"Hier je suis allé traîner vers le pont des Voleurs. Te souvient-tu ? Quel âge avions-nous ? Un peu moins de vingt ans ? Tu portais une robe couleur de groseilles. J'avais le ventre serré.  Nous étions sur le pont et nous regardions la rivière. Ce courant, tu me disais, c'est notre vie qui passe, regarde comme elle va loin, regarde comme elle est belle, là, entre les fleurs de nénuphars, les algues aux cheveux longs, les berges de terre glaise. Je n'osais pas te prendre par la taille. J'avais dans mes tripes un nœud si violemment serré que je respirais avec peine. Tes yeux regardaient le lointain, les miens regardaient ta nuque. Je sentais ton parfum d'héliotrope et celui de la rivière, tout de frais et d'herbes mâchées. Puis, sans que je m'y attende, tu t'es tournée vers moi, m'a souri, et tu m'as embrassé. C'était la première fois. L'eau courait sous le pont. Le monde avait l'éclat des beaux dimanches. Le temps s'est arrêté.
Aujourd'hui, je suis resté longtemps sur le pont des Voleurs. La rivière est la même. Il y a toujours ces grands nénuphars, ces algues aux cheveux longs, ces berges de terre glaise. Toujours le parfum de frais et d'herbes mâchées, mais lui seul désormais."


L'écriture de Philippe Claudel :

Une atmosphère lourde, des personnages forts dans leur grandeur comme dans leur bassesse. Une âme humaine sondée, à travers une écriture fluide et très belle, des images créées, métaphores efficaces et frappantes. Une belle histoire également.


Prix reçus :


-Prix Renaudot en 2003
-Elu Meilleur livre de l'année 2003 par Lire
-Grand prix des lectrices de Elle en 2004





mercredi 5 juin 2019

Recueil de textes, SYLVAIN TESSON, "Notre-Dame de Paris Ô reine de douleur"

Pages vagabondes


Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des auteurs qui, par delà les mots, continuent de vous faire réfléchir... C'est de ceux-là dont je veux parler.




Sylvain Tesson, NOTRE-DAME DE PARIS, Ô REINE DE DOULEURS, éd. Gallimard, 2019
Recueil de textes, autobiographie, hommage, patrimoine, "stégophilie"
Recueil édité pour faire un don


Un livre hommage et généreux pour parler de ce superbe édifice sacrifié, en partie, aux flammes accidentelles du 15 avril 2019. Un livre pour parler aussi des autres cathédrales visitées par les toits.
Sylvain Tesson a escaladé près de 150 fois Notre Dame, la flèche de Viollet-le-Duc. 
Suite à son grave accident, c'est une ascension quotidienne qu'il s'impose, par l'escalier à vis de la tour sud, cette fois-ci, et ses 450 marches. Ascension salvatrice.
Sylvain Tesson a donc un attachement très particulier à cette cathédrale, qu'il connaît particulièrement bien et qui lui a redonné l'espoir, les forces nécessaires ainsi qu'une élévation intérieure.



De vous à moi, de moi à vous...

Quelle tristesse ! Quel désespoir ! Sublime édifice enraciné dans notre quotidien et notre imaginaire, tu cèdes, craques en ton ventre, tel un sombre navire pris aux entrailles par les flammes. Hugo ne peut rien et Quasimodo a fui, serait-ce Frollo, diabolique et perfide revenu des Enfers ? Tes admirateurs sont là, à ton chevet, ils prient et te rendent hommage pour que ton éternité ne vacille plus,  redevienne immuable...




Extraits :


"Il y a quatre cent cinquante marches pour arriver au sommet de la tour sud. On s'élève d'abord à mi-hauteur de la tour nord, on traverse la coursive de la façade, au-dessus de la rosace occidentale, et on rejoint la tour sud pour poursuivre l'ascension au sommet."

"Dans l'escalier régnait la fraîcheur. L'odeur de la pierre, aqueuse, métallique, n'avait probablement pas changé depuis le XIIe siècle, date de la construction de Notre-Dame. (...) Je crois à la mémoire des pierres. elles absorbent l'écho des conversations, des pensées. Elles incorporent l'odeur des hommes. Les pierres sauvages des grottes et les pierres sauvages des églises rayonnent d'une force mantique. On est toujours saisi quand on pénètre sous une voûte de pierre qui a abrité des hommes."

"Je tournais dans la vis. J'avais le temps de détailler les fossiles incrusté dans les murs. Les moellons calcaires de Notre-Dame sont truffés d'animalcules du Crétacé. Paris est fait de calcaire fossilifère, la ville s'élève sur des coquillages. Les hommes ont bâti la plus belle châsse de la chrétienté avec de petits escargots : grandeur et modestie de toutes créatures..."

"Je passais de longs moments à caresser les gargouilles. Mon accident m'avait affligé d'une paralysie faciale, mon visage avait subi un glissement de terrain. Je promenais une face grimaçante. Les gargouilles me consolaient de la disgrâce. Elles se tenaient, scellées sur les parapets, et contemplaient Paris avec leurs gueules de monstres [...] Penser à Quasimodo, ici, sous le beffroi, me rassurait : même un monstre a droit à l'amour. Barbey d'Aurevilly, après Hugo, en avait fait le sujet d'un roman. Le prêtre de "L'Ensorcelée", défiguré par la variole, séduisait une paroissienne normande. Rien n'était perdu, me susurraient les gargouilles : toute bête a sa belle".




Pour voir les autres articles concernant Sylvain Tesson :

-"Sur les chemins noirs"
-"La panthère des neiges"





Récit de voyage, SYLVAIN TESSON, "Sur les chemins noirs"

Pages vagabondes


Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des auteurs qui, par delà les mots, continuent de vous faire réfléchir... C'est de ceux-là dont je veux parler.




Sylvain Tesson, SUR LES CHEMINS NOIRS, éd. Gallimard, 2017
Récit de voyage, ruralité, marche à pied, introspection, autobiographie

Traverser la France du sud au nord, après un rude accident ? En guise de rééducation ? Voilà le défi que se lance Sylvain Tesson, qui n'est pas des moindres. Tout cela hors des sentiers battus, ce sont les chemins noirs qu'il choisit, ceux de la grande ruralité. Il nous offre ainsi sa communion avec la nature, sa vision du monde actuel et son cheminement intérieur... une rééducation pour une renaissance.




De vous à moi, de moi à vous... 

Les chemins noirs sont des chemins de lumière. Les pistes oubliées permettent de se soustraire à ce que le monde nous impose. Emprunter les chemins noirs c'est réinventer les contre-allées de notre existence, c'est renaître. Revenir à l'essentiel. Mais que faire du progrès ? Doit-on le refuser ? L'homme n'est pas un animal raisonnable, cela se saurait. Tout ce qu'il fait, il le fait dans l'excès. Comment trouver alors un juste milieu entre progrès et préservation de l'environnement ? Les chemins de la prise de conscience et de la réflexion sont ouverts ! 



 Extraits : 

Des réflexions sur la société : 

"Les chemins noirs" :
"Non contents de tracer un réseau de traverse, les chemins noirs pouvaient aussi définir les cheminements mentaux que nous emprunterions pour nous soustraire à l'époque. Dessinés sur la carte et serpentant au sol ils se prolongeraient ainsi en nous-mêmes, composeraient une cartographie mentale de l'esquive. Il ne s'agirait pas de mépriser le monde, ni de manifester l'outrecuidance de le changer. Non ! Il suffirait de ne rien avoir de commun avec lui. L'évitement me paraissait le mariage de la force avec l'élégance. Orchestrer le repli me semblait une urgence. Les règles de cette dissimulation existentielle se réduisaient à de menus impératifs : ne pas tressaillir aux soubresauts de l'actualité, réserver ses colères, choisir ses levées d'armes, ses goûts, ses écœurements, demeurer entre les murs de livres, les haies forestières, les tables d'amis, se souvenir des morts chéris, s'entourer des siens, prêter secours aux êtres dont on avait connu le visage et pas uniquement étudié l'existence statistique. En somme se détourner. Mieux encore ! Disparaître. "Dissimule ta vie", disait Epicure dans l'une de ses maximes (...). Il avait donné là une devise pour les chemins noirs." 

"Le dispositif" :
"Le dispositif était la somme des héritages comportementaux, des sollicitations sociales, des influences politiques, des contraintes économiques qui déterminaient nos destins, sans se faire remarquer. Le dispositif disposait de nous. Il nous imposait une conduite à tenir insidieusement, sournoisement, sans même que l'on s'aperçut de l’augmentation de son pouvoir. (...) Les puces au silicium étaient nos propres douves. Chacun de nous portait son parasite, de son plein gré, sous la forme d'un de ces processeurs technologiques qui régulaient nos vies. (...). Le nôtre (de dispositif) pourvoyait à notre confort, notre santé et notre opulence alimentaire, mais nous inoculait son discours et nous tenait à l’œil. Nous recevions ses informations, sa publicité, nous répondions à ses injonctions, il nous accablait de ses sommations, diluées dans le brouhaha. Le discours du dispositif était un dispositif." 

"La marqueterie bocagère" :
"L'art de la marqueterie bocagère avait atteint ici un haut degré d'accomplissement. La pierre accueillait la mousse. La mousse arrondissait les angles et protégeait des sociétés de bêtes. Oh ! comme il eut été salvateur d'opposer une "théorie politique du bocage" aux convulsion du monde. On se serait inspiré du génie de la haie. Elle séparait sans emmurer, délimitait sans opacifier, protégeait sans repousser. L'ai y passait, l'oiseau y nichait, le fruit y poussait. On pouvait la franchir mais elle arrêtait le glissement de terrain. A son ombre fleurissait la vie, dans ses entrelacs prospéraient des mondes, derrière sa dentelle se déployaient des parcelles. La méduse du récent globalisme absorbait les bocages." 

 Des regards sur le paysage : 

"La tectonique est l’opium du paysage" : "Au-dessus d'un domaine agricole que la carte désignait sous le nom des Maurels, allongé dans l'herbe, je contemplais les strates calcaires. Elles convulsaient en ondulations. Le paysage n'est jamais drôle, cela je l'avais remarqué autour du monde, mais parfois il semble ivre. Torturé par les soubresauts des plissements, il devient fou. La tectonique est l'opium du paysage." 

 L'écriture de Sylvain Tesson : 

Le carnet de marcheur de Sylvain Tesson n'est pas un carnet de naturaliste, il n'y a pas tant de descriptions. C'est surtout un carnet de ressentis, d'émotions face à la nature et beaucoup de réflexions, avec de l'humour, où les moindres incohérences de notre monde sont débusquées, balancées. Cash. Puis il y a de l'autodérision et un brin de nostalgie...




Pour voir les autres articles concernant Sylvain Tesson :

-"Notre-Dame de Paris Ô reine de douleur"
-"La panthère des neiges"



Fiction, FRANCK BOUYSSE, "Grossir le ciel"

Pages vagabondes


Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des personnages qui, par delà les mots, continuent de vous habiter... C'est de ceux-là dont je veux parler.



Franck Bouysse, GROSSIR LE CIEL, éd. Librairie Générale Française, 2015
Roman noir, policier, monde rural, secrets de famille



Coin perdu dans les Cévennes, mangé par la nature et son silence. Temps figé dans la rude monotonie. Le quotidien de deux paysans voisins. Ames solitaires, Gus et Abel. Qu'ont-ils en commun ? Bien plus qu'ils ne croient. Leur passé rugueux va resurgir, les rattraper. Les lourds secrets familiaux vont être déterrés... et dramatiquement, vont exploser.



De vous à moi, de moi à vous...


Les traumatismes de l'enfance sont lourds. Ils ont façonné ta nature, Gus, solitaire et méfiante. Aujourd'hui tu es seul à gérer la ferme, ton unique horizon. Mais l'hiver est particulièrement rude cette année, et inexorablement, tu vas t'enfoncer dans la nuit glaciale, même la neige quittera sa blancheur : les signes avant coureurs sont là. Les ficelles du drame seront tirées malgré toi.


Extrait


"Il n'était pas celui qu'il avait cru être pendant plus de cinquante ans et il aurait mille fois préféré finir sa vie dans l'ignorance ; ça lui aurait rudement facilité la mort, de ne jamais connaître le secret de sa naissance. Il s'en serait tenu à ce qu'il avait vécu, acceptant de continuer à ne pas comprendre pourquoi ses parents l'avaient autant haï; alors que maintenant qu'il avait l'explication, il se retrouvait devant une montagne de regrets qu'une vie supplémentaire ne suffirait pas à escalader."


L'écriture de Franck Bouysse

Une écriture forte crée le suspense, silencieux et poétique. Une écriture puissante met en scène des personnages taiseux, au caractère affirmé et sauvage, comme la nature qui les entoure.  Une écriture singulière dramatise les traumatismes qui ont alourdi le cœur des hommes. 
Juste magistral !



Pour voir les autres articles consacrés aux livres de 
Franck Bouysse :

-"Né d'aucune femme"
-"Plateau" et, par rapport à ce roman, "Les mots retrouvés"





mardi 4 juin 2019

Fiction, JEANNE BENAMEUR, "Otages intimes"

Pages vagabondes

Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des personnages qui, par delà les mots, continuent de vous habiter... C'est de ceux-là dont je veux parler.


Jeanne Benameur - OTAGES INTIMES, éd. Actes Sud, 2015
Roman, violence, guerre, reconstruction de soi, amitié, amour


Etienne est photographe de guerre. Pris en otage, il servira finalement de monnaie d'échange. Délivré alors de ses geôliers, est-il pour autant pleinement libre ? Peut-il tout effacer, lui, homme de terrain, au cœur des conflits, témoin de l'histoire ?
Etienne sent le besoin de se reconstruire, se questionner, se repositionner dans le monde. Pour cela il repart dans son village natal, retrouver son enfance, sa mère, douce figure aimante, et ses deux amis de toujours. Enzo est menuisier et musicien, Jofranka est avocate, elle aide les femmes victimes de guerre. Des liens très forts d'amour et d'amitié les unissent tous trois. Ils forment une entité, belle, pétrie de failles, de fragilités. C'est en nous introduisant dans le sanctuaire de leur amitié que se révèlent les diverses prises d'otages, intimes, que finalement, tout un chacun vit.



De vous à moi, de moi à vous...


Le retour à la vie ordinaire n'est pas facile. Ta prise d'otage, subie, physique, se mue en une autre prise d'otage, plus sournoise, immuable. Témoin de toute l'horreur, tu dois retrouver ta part d'humain. Mais cette femme ? Fuyant avec ses enfants. Croisée du regard. Qu'est-elle devenue ? Son souvenir te hante. Tellement de questions à jamais sans réponses feront ta nouvelle geôle. Ta chère mère et tes amis sont là, tu entres en résonance avec eux, et vous tous devrez vous débrouiller avec votre fragilité d'être humain.



Extraits

Irène qui retrouve enfin son fils, Etienne, libéré :

"Elle ne sait plus comment soudain elle a senti le poids de son fils.
Il s'est abattu comme un grand oiseau dans ses bras. Sans un mot. Juste un son rauque. Laisser enfin l'air passer.
C'est dans les veines, au secret des poitrines que les mots fous se disent. Rien ne passe les lèvres."

Etienne

"Cette nuit c'est différent, il y a des mots qui viennent. Ce sont des mots humbles de qui se sait humain et frère des humains, quels qu'il soient, si monstrueux soient-ils. Ce sont des mots pour l'homme au visage las aussi sous sa cagoule et tous ceux qui croient comme des fous. Jusqu'à mener les autres à la mort.  Des mots pour tous ceux qui crient dans cette nuit et qu'il n'entend pas parce qu'il a la chance d'être ici, protégé, des mots pour ses camarades encore enfermés, morts peut-être, pour ceux qu'on torture comme pour ceux qui les torturent. Cette nuit il a fait à nouveau partie du monde, de ce monde puant la charogne où l'amour souffle quand-même, ténu, tenace, dans des poitrines ignorées.
    Et il pleure."

Enzo

"Le mot "confinement" il l'avait gardé au fond de lui, depuis cette soirée. Avec tout ce que la voix d'Etienne y avait mis de lourd, d'opaque. Enzo ne parlait pas beaucoup, jamais longtemps. Mais les mots, c'était dans la force de ses bras, aux creux de ses mains qu'il les sentait.  Ils étaient là, silencieux, dans ses mouvements quand il travaillait, seul. Ils entraient dans les veines du bois."



"Dans la tête d'Enzo les mots viennent tout seuls. Il a sorti le violoncelle. (...) Les mots sont libres dans sa tête. Il les joue doucement. Dormez, dormez encore, c'est juste l'aube, moi je veille. Pour chacun de vous. Pour nos enfances. Pour la part  à l'intérieur de nous que nous n'atteignons jamais. Notre part d'otage."



Ce roman a une portée universelle en révélant une évidence, au plus profond de nous-même, nous sommes tous pris en otage, par quelqu'un, par quelque chose, d'une façon ou d'une autre. Et pour renaître à soi et au monde, il nous faut reconquérir cette part de nous-même.


L'écriture de Jeanne Benameur

Jeanne Benameur, à nouveau, nous parle de l'intime, du plus profond de soi, dans une écriture sensuelle, simple. Elle nous rend palpable la vie intérieure de ses personnages. Personnages avec lesquels j'ai vraiment fait corps. Avec eux  j'ai goûté à l'amitié sincère, à l'estime, à la tolérance, sans jugement de valeur. Le personnage qui m'a le plus touché est celui d'Enzo.


Des thèmes de prédilection

La puissance des mots est toujours là. Chaque personnage a une relation particulière aux mots, se les approprie à sa façon. Chaque personnage vit ses propres mots comme autant de "maux" parfois.



Pour voir les autres articles concernant Jeanne Benameur :


Fiction, JEANNE BENAMEUR, "Profanes"

Pages vagabondes

Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des personnages qui, par delà les mots, continuent de vous habiter... C'est de ceux-là dont je veux parler.





Jeanne Benameur - PROFANES, éd. Actes Sud, 2013
Roman, vieillesse, deuil, amitié, espoir.


Octave Lassalle, ancien chirurgien, a sauvé beaucoup de vies. A tour de bras. Mais sa fille adorée, Claire, accidentée, il n'a pas pu l'opérer. Pire, il s'en est remis à son confrère qui a échoué. Anna le quitte et ne lui pardonnera jamais cette faille. Dans la rage, la haine, elle emporte avec elle le corps de leur petite et tous les souvenirs.
Aujourd'hui 90 ans. Seul dans une immense maison. Octave éprouve le besoin de se retourner sur sa vie, comprendre. Pour l'accompagner dans sa vieillesse et dans cette quête, il s'entoure de quatre personnes, trois femmes et un homme. Une annonce. Puis un étrange contrat va les lier.
De vivant à vivant, les liens vont se tisser, se resserrer. Ces liens seront le chant du sacré, celui d'un hommage à la vie, par-delà la mort.



De vous à moi, de moi à vous...


Réunir quatre vies autour de toi, totalement inconnues, est-ce pure folie de vieillesse ? Ou est-ce preuve d'un sage humanisme ? Donner le souffle que l'on croirait prêt à partir. Défaire ce qui se vit, ou plutôt se subit, pour redonner du sens. Se frotter les uns aux autres pour faire jaillir de nouvelles étincelles, insoupçonnées. Mêler les passés de chacun pour avancer, sereins et ensemble, dans le présent, les cœurs guéris, les âmes élevées. Voilà le pari réussi. Ton magnifique pari, Octave.




Extraits

"Octave ferme les yeux. Chez chacun des quatre, il a flairé le terreau d'une histoire. Quelque chose qui pourrait l'éclairer. Chez chacun d'eux, la lutte solitaire pour la vie. Et aucune religion à laquelle se raccrocher. C'était la question commune à chaque entretien. La plus importante. Quel rapport entretenaient-ils avec la foi, la religion ? Aucun des trois n'avait la foi domptée par la religion. Les quatre doutaient. Mais ils luttaient, il le savait. Et c'est pour cela qu'il les avait choisis.
Il pense "la lutte sacrée".


(...) "depuis si longtemps que je ne touche plus le corps des hommes, des femmes, que je ne sauve plus personne, ces quatre-là, ce sont eux qui peuvent peut-être m'enseigner aujourd'hui.
Il n'y a pas de maître.
Pas de dieu.
Pas de prophète.
Rien que des hommes et des femmes.
Des profanes.
Mais le sacré, le vif de la vie, il est bien au cœur même du profane et moi j'ai besoin d'y aller."




L'écriture de Jeanne Benameur

C'est doux et c'est bon d'y croire, c'est merveilleusement beau, ces liens, ce respect, cette écoute de ce qui vibre en l'autre, cette attention, cet engagement, cet hymne à la vie et au profondément humain.
Jeanne Benameur sait dire les choses les plus essentielles avec délicatesse, pudeur, bienveillance. Avec, toujours, les mots les plus justes.




Pour voir les autres articles concernant Jeanne Benameur :


-"La patience des traces"



Fiction, JEANNE BENAMEUR, "L'enfant qui"

Pages vagabondes

Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des personnages qui, par delà les mots, continuent de vous habiter... C'est de ceux-là dont je veux parler.






Jeanne Benameur, L'ENFANT QUI, éd. Actes Sud, 2017
Roman, enfance, deuil, disparition d'un être cher, quête initiatique


Trois personnages d'une même famille sont confrontés à la disparition d'une femme, bohémienne et mystérieuse. L'époux, la belle-mère et le fils sont tous trois marqués, à leur façon, par cette absence.

De vous à moi, de moi à vous...

Enfant sans nom et universel, tu cours, hanté par l'absence de celle qui t'a donné la vie. Est-elle morte ? A-t-elle fui ? A-t-elle repris le chemin du voyage ? Bohémienne à la longue jupe rouge fanée, tu l'entends te parler dans sa langue que toi seul comprends. Comme elle, tu es épris de liberté vagabonde et, dans la forêt avec laquelle tu fais corps, c'est elle que tu vas rejoindre. Elle sera ta quête pour trouver ta place dans le monde.


Extrait

"Dans ta tête d'enfant, il y a de brusques ciels clairs arrachés à une peine lente, basse, impénétrable. Ta mère a disparu. Elle avait beau ne jamais être complètement là, c'est à son odeur, à sa chaleur, à ses mains silencieuses que tu prenais appui pour sentir que tu existais vraiment.
Maintenant tu tiens comme tu peux. Sur une crête. D'un côté les cris du père. De l'autre, le silence. Abrupt."


L'écriture de Jeanne Benameur

L'écriture de Jeanne Benameur est particulière, unique. Forte et délicate. Dense et fragile. Poétique et onirique. Bouleversante. Elle met les âmes de ses personnages à nu, va chercher tout ce qui est enfoui au fond d'eux pour rendre visible et vivante leur intériorité comme un personnage à part entière. Avec des mots simples, justes, elle crée des images d'une rare force. Une infinie grâce d'écriture.

Des thèmes de prédilection

Dans ce roman qui a des allures de conte, c'est encore le couple mère-enfant qui est mis en avant, les liens très forts qui les unissent.
Ainsi que le pouvoir des mots, la langue, celle de la mère, qui est accessible seulement à son petit garçon, qui les lie l'un à l'autre, en plus de l'amour.


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Fiction, JEANNE BENAMEUR, "Laver les ombres"

Pages vagabondes

Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des personnages qui, par delà les mots, continuent de vous habiter... C'est de ceux-là dont je veux parler.




Jeanne Benameur - LAVER LES OMBRES, éd. Actes Sud, 2008
Roman, secret de famille, prostitution, amour maternel, danse



Léa danse. Léa a besoin d'occuper l'espace. Tout l'espace. De tendre ses muscles, infiniment. Jusqu'à épuisement. Ne laisser aucun vide. Pourtant, il y a une part de vide qu'elle ne peut occuper, celui de la peur de sa mère, Romilda, celui de son secret, "c'est quoi la peur toujours, la menace dans tes yeux, maman, c'est quoi ? C'est quoi ce que tu avais à me dire ?".




De vous à moi, de moi à vous...

Quelle infinie grâce pour occuper l'espace et te sentir vivante. Pourtant le tourment, en toi, est bien là, et le mal-être est insidieux, depuis l'enfance. Jusqu'au jour où tu décides de tout affronter. Dans la tempête, aller chercher les non-dits trop présents, arracher ce terrible secret que ta tendre mère ne peut t'avouer pour te préserver. Et ensemble, dans cet amour fou qui vous unit, "laver les ombres" pour renaître l'une et l'autre, l'une à l'autre. 
Mais lui ? Comment a-t-il pu orchestrer tout cela ?




Extraits

"Elle est un mot étranger jeté dans la langue. Comme un mot tout seul jeté dans le silence. Elle se sent intruse. Depuis toute petite. Alors elle danse. Il faut qu'elle trace avec son corps, les lignes qui permettent d'intégrer l’espace. Seule la beauté du mouvement peut la sauver. C'est sa façon de trouver sa place dans la vie."

"Léa entend et les paroles de sa mère résonnent tout au fond d'elle.
Elle reconnaît ce qui a toujours bercé sa tristesse sans nom. Familière. Immense. Son désert. Cette nuit elle apprend. C'est devant l'histoire de ceux qui l'ont conçue qu'elle voit que tout lien a été balayé."

L'écriture de Jeanne Benameur

Le langage du corps, Léa qui cherche à se libérer de son poids, propre et figuré, le lourd secret de cette mère tant aimée, la rage, en écho à la tempête qui gronde au dehors... L'écriture de Jeanne Benameur est encore une fois une délicate alchimie mêlant tous ces éléments. Une puissante et pudique écriture de l'âme humaine.

Des thèmes de prédilection

Dans ce roman, encore le couple mère-enfant et les liens très forts qui les unissent. Ainsi que le pouvoir des mots et du corps à travers la danse, un langage à part entière.




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Fiction, JEANNE BENAMEUR, "Les demeurées"

Pages vagabondes

Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des personnages qui, par delà les mots, continuent de vous habiter... C'est de ceux-là dont je veux parler.






Jeanne Benameur, LES DEMEURÉES, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002
Roman, enfance, amour maternel, savoir


Une mère et sa fille. La Varienne et Luce. Un couple fusionnel, partageant la même intelligence des choses, celles du quotidien. Un amour total. Muet. Ensemble elles peuvent se passer des mots. Elles vivent seules et isolées. Considérées par les autres comme des "demeurées", des "abruties". Puis tout bascule avec Solange, l'institutrice...


De vous à moi, de moi à vous...


Dans le plus grand silence. Fusionnées. A vous seules, vous vous suffisez. Sans jamais parler. Tout passe par vos corps. Entre vous deux, les mots n'ont par leur place. D'ailleurs Luce, tu ne sais pas lire, ni même écrire. Une institutrice passionnée par la transmission du savoir vient bousculer, fissurer votre réalité. 
A-t-elle le droit d'être aussi intrusive ?
Non tu n'es pas attardée, tu es juste restée dans l'instant, restée dans le silence, restée dans l'amour maternel. Ta bulle ? Une forme d'ignorance qui t'empêche de t'ouvrir aux autres, au monde.
Le chemin du savoir est long, difficile, mais lumineux, si tu oses un autre horizon...

Extraits

"Devant elle le secret tissé entre deux êtres. La Varienne et sa petite Luce peuvent se passer de tout ; même de nom. le savoir ne les intéresse pas. Elles vivent une connaissance que personne ne peut approcher."



"Des mots charriés dans les veines. Les sons se hissent, trébuchent, tombent derrière les lèvres. Abrutie. Les eaux usées glissent du seau, éclaboussent. La conscience est pauvre. La main s'essuie au tablier de toile grossière. Abrutie. Les mots n'ont pas lieu d'être. Ils sont."

L'écriture de Jeanne Benameur

Un texte dépouillé, écrit dans la retenue des silences, des ellipses. Une écriture ciselée qui colle à l'âme des personnages. Du sur-mesure de délicatesse avec des mots choisis pour sertir chaque émotion, sentiment, épreuve, souffrance ou joie.
Un véritable bijou d'écriture intense. 

Des thèmes de prédilection

Un couple mère-enfant, unique, fort, "qui fait bloc".
Le pouvoir des mots. Mots qui ouvrent au monde et qui insufflent la vie.





Fiction, JEANNE BENAMEUR, "Pas assez pour faire une femme"


Pages vagabondes


Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des personnages qui, par delà les mots, continuent de vous habiter... C'est de ceux-là dont je veux parler.




Jeanne Benameur - PAS ASSEZ POUR FAIRE UNE FEMME, éd. Actes Sud, 2015
Roman, fin de l'adolescence, amour, émancipation


Année 1970. Les contestations estudiantines de mai 68 ne sont pas enterrées. Judith est en première année de fac de lettres. La fac ? Un visa pour la liberté ! Etre loin de sa famille, de son père tyrannique, de sa mère et sa sœur soumises. Loin de cette lourdeur familiale, c'est l'amour, physique, qu'elle découvre, dans les bras d'un étudiant plus âgé. Un bel amour sincère, touchant. L'éveil charnel est aussi l'éveil à l'engagement politique, aux côtés d'Alain, ardent orateur qui la fascine.


De vous à moi, de moi à vous...

C'est avec un élan sublime dans la vie et dans l'amour que tu déferras tes chaînes, Judith. Tristes et pernicieuses sont les chaînes de l'enfance. Arrêter de sombrer. Arrêter de couler. Renaître et s'émanciper plus que tout ! La connaissance de l'amour physique ne fait pas d'une jeune fille une femme adulte, il te faudra aller plus loin sur le chemin, faire des choix, assumer, t'engager, pour gagner ta pleine conscience des choses de la vie...



Extraits :

"Toucher. Toucher. Je ne sais pas comment j'ai toute cette audace. Je ne peux parler mais toucher, oui. Avec lui, oui oui oui. (...) Il me prend contre lui, il me serre. C'est tout ce que je veux. Et que ça ne s'arrête jamais. Je découvre je découvre. Je n'aurai jamais assez de temps pour découvrir. Ce que m'ouvre ce garçon c'est un territoire infini à l'intérieur de moi."


"Je suis heureuse qu'il choisisse des livres pour moi. Je m'accroupis près de lui pour les regarder; Je me dis qu'il est là, notre trésor commun : les livres ! (...)
Nous sommes tous les deux devant les livres et nous cherchons notre liberté. Ensemble. Il y a dans la vie des moments où tout se rassemble à l'intérieur. On est entier comme jamais."



L'écriture de Jeanne Benameur :

L'auteure nous offre à nouveau un joli texte pour nous parler de l'amour et de l'émancipation, à travers une écriture pudique et pleine de fraîcheur.




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-"La patience des traces"



samedi 1 juin 2019

Imag'In, Calanque d'En Vau

La Calanque d'En Vau

Au fil de nos balades en Provence, entre Marseille et Cassis, les clichés que je préfère...



Au col de la Gineste

Vers le col de la Gardiole

Vers le col de Gardiole

Au col de la Gardiole

Au col de la Gardiole

Entrée dans la forêt domaniale

Au col de la Gardiole

Au col de la Gardiole

Au col de la Gardiole

Au col de la Gardiole

Au col de la Gardiole

Au col de la Gardiole - la calanque d'En Vau, au loin

Au col de la Gardiole - la calanque d'En Vau, au loin

Au col de la Gardiole - la calanque d'En Vau, au loin

Au col de la Gardiole - Cassis, vue sur le Cap Canaille

Au col de la Gardiole - Cassis, vue sur le Cap Canaille

Au col de la Gardiole - au loin, la calanque d'En Vau, la maison forestière

Au col de la Gardiole - maison forestière de la Gardiole


Au col de la Gardiole - vers Cassis, vue sur le Cap Canaille

Sur la piste forestière

Sur la piste forestière

Sur la piste forestière

Sur la piste forestière

Sur la piste forestière

Sur la piste forestière

Sur la piste forestière

Sur la piste forestière

Sur la piste forestière


Sur la piste forestière

Sur la piste forestière

Sur la piste forestière

Sur la piste forestière

Sur la piste forestière

Sur la piste forestière

Sur la piste forestière

La calanque d'En Vau


La calanque d'En Vau

La calanque d'En Vau

La calanque d'En Vau

Sur la piste forestière 

Sur la piste forestière 

Sur la piste forestière 

Sur la piste forestière 

Sur la piste forestière 

Sur la piste forestière 

Sur la piste forestière 


Sur la piste forestière 

Sur la piste forestière 

Sur la piste forestière 

Sur la piste forestière 

Au col de la Gardiole - vers Cassis, vue sur le Cap Canaille


Au col de la Gardiole - vers Cassis, vue sur le Cap Canaille