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C. M.

mercredi 5 juin 2019

Recueil de textes, SYLVAIN TESSON, "Notre-Dame de Paris Ô reine de douleur"

Pages vagabondes


Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des auteurs qui, par delà les mots, continuent de vous faire réfléchir... C'est de ceux-là dont je veux parler.




Sylvain Tesson, NOTRE-DAME DE PARIS, Ô REINE DE DOULEURS, éd. Gallimard, 2019
Recueil de textes, autobiographie, hommage, patrimoine, "stégophilie"
Recueil édité pour faire un don


Un livre hommage et généreux pour parler de ce superbe édifice sacrifié, en partie, aux flammes accidentelles du 15 avril 2019. Un livre pour parler aussi des autres cathédrales visitées par les toits.
Sylvain Tesson a escaladé près de 150 fois Notre Dame, la flèche de Viollet-le-Duc. 
Suite à son grave accident, c'est une ascension quotidienne qu'il s'impose, par l'escalier à vis de la tour sud, cette fois-ci, et ses 450 marches. Ascension salvatrice.
Sylvain Tesson a donc un attachement très particulier à cette cathédrale, qu'il connaît particulièrement bien et qui lui a redonné l'espoir, les forces nécessaires ainsi qu'une élévation intérieure.



De vous à moi, de moi à vous...

Quelle tristesse ! Quel désespoir ! Sublime édifice enraciné dans notre quotidien et notre imaginaire, tu cèdes, craques en ton ventre, tel un sombre navire pris aux entrailles par les flammes. Hugo ne peut rien et Quasimodo a fui, serait-ce Frollo, diabolique et perfide revenu des Enfers ? Tes admirateurs sont là, à ton chevet, ils prient et te rendent hommage pour que ton éternité ne vacille plus,  redevienne immuable...




Extraits :


"Il y a quatre cent cinquante marches pour arriver au sommet de la tour sud. On s'élève d'abord à mi-hauteur de la tour nord, on traverse la coursive de la façade, au-dessus de la rosace occidentale, et on rejoint la tour sud pour poursuivre l'ascension au sommet."

"Dans l'escalier régnait la fraîcheur. L'odeur de la pierre, aqueuse, métallique, n'avait probablement pas changé depuis le XIIe siècle, date de la construction de Notre-Dame. (...) Je crois à la mémoire des pierres. elles absorbent l'écho des conversations, des pensées. Elles incorporent l'odeur des hommes. Les pierres sauvages des grottes et les pierres sauvages des églises rayonnent d'une force mantique. On est toujours saisi quand on pénètre sous une voûte de pierre qui a abrité des hommes."

"Je tournais dans la vis. J'avais le temps de détailler les fossiles incrusté dans les murs. Les moellons calcaires de Notre-Dame sont truffés d'animalcules du Crétacé. Paris est fait de calcaire fossilifère, la ville s'élève sur des coquillages. Les hommes ont bâti la plus belle châsse de la chrétienté avec de petits escargots : grandeur et modestie de toutes créatures..."

"Je passais de longs moments à caresser les gargouilles. Mon accident m'avait affligé d'une paralysie faciale, mon visage avait subi un glissement de terrain. Je promenais une face grimaçante. Les gargouilles me consolaient de la disgrâce. Elles se tenaient, scellées sur les parapets, et contemplaient Paris avec leurs gueules de monstres [...] Penser à Quasimodo, ici, sous le beffroi, me rassurait : même un monstre a droit à l'amour. Barbey d'Aurevilly, après Hugo, en avait fait le sujet d'un roman. Le prêtre de "L'Ensorcelée", défiguré par la variole, séduisait une paroissienne normande. Rien n'était perdu, me susurraient les gargouilles : toute bête a sa belle".




Pour voir les autres articles concernant Sylvain Tesson :

-"Sur les chemins noirs"
-"La panthère des neiges"