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C. M.

mardi 4 juin 2019

Fiction, JEANNE BENAMEUR, "Profanes"

Pages vagabondes

Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des personnages qui, par delà les mots, continuent de vous habiter... C'est de ceux-là dont je veux parler.





Jeanne Benameur - PROFANES, éd. Actes Sud, 2013
Roman, vieillesse, deuil, amitié, espoir.


Octave Lassalle, ancien chirurgien, a sauvé beaucoup de vies. A tour de bras. Mais sa fille adorée, Claire, accidentée, il n'a pas pu l'opérer. Pire, il s'en est remis à son confrère qui a échoué. Anna le quitte et ne lui pardonnera jamais cette faille. Dans la rage, la haine, elle emporte avec elle le corps de leur petite et tous les souvenirs.
Aujourd'hui 90 ans. Seul dans une immense maison. Octave éprouve le besoin de se retourner sur sa vie, comprendre. Pour l'accompagner dans sa vieillesse et dans cette quête, il s'entoure de quatre personnes, trois femmes et un homme. Une annonce. Puis un étrange contrat va les lier.
De vivant à vivant, les liens vont se tisser, se resserrer. Ces liens seront le chant du sacré, celui d'un hommage à la vie, par-delà la mort.



De vous à moi, de moi à vous...


Réunir quatre vies autour de toi, totalement inconnues, est-ce pure folie de vieillesse ? Ou est-ce preuve d'un sage humanisme ? Donner le souffle que l'on croirait prêt à partir. Défaire ce qui se vit, ou plutôt se subit, pour redonner du sens. Se frotter les uns aux autres pour faire jaillir de nouvelles étincelles, insoupçonnées. Mêler les passés de chacun pour avancer, sereins et ensemble, dans le présent, les cœurs guéris, les âmes élevées. Voilà le pari réussi. Ton magnifique pari, Octave.




Extraits

"Octave ferme les yeux. Chez chacun des quatre, il a flairé le terreau d'une histoire. Quelque chose qui pourrait l'éclairer. Chez chacun d'eux, la lutte solitaire pour la vie. Et aucune religion à laquelle se raccrocher. C'était la question commune à chaque entretien. La plus importante. Quel rapport entretenaient-ils avec la foi, la religion ? Aucun des trois n'avait la foi domptée par la religion. Les quatre doutaient. Mais ils luttaient, il le savait. Et c'est pour cela qu'il les avait choisis.
Il pense "la lutte sacrée".


(...) "depuis si longtemps que je ne touche plus le corps des hommes, des femmes, que je ne sauve plus personne, ces quatre-là, ce sont eux qui peuvent peut-être m'enseigner aujourd'hui.
Il n'y a pas de maître.
Pas de dieu.
Pas de prophète.
Rien que des hommes et des femmes.
Des profanes.
Mais le sacré, le vif de la vie, il est bien au cœur même du profane et moi j'ai besoin d'y aller."




L'écriture de Jeanne Benameur

C'est doux et c'est bon d'y croire, c'est merveilleusement beau, ces liens, ce respect, cette écoute de ce qui vibre en l'autre, cette attention, cet engagement, cet hymne à la vie et au profondément humain.
Jeanne Benameur sait dire les choses les plus essentielles avec délicatesse, pudeur, bienveillance. Avec, toujours, les mots les plus justes.




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