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C. M.

mercredi 27 février 2019

Fiction, FRANCK BOUYSSE, "Plateau"

Pages vagabondes


Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des personnages qui, par delà les mots, continuent de vous habiter... C'est de ceux-là dont je veux parler



Franck Bouysse, PLATEAU, éd. La Manufacture du livre, 2016
Roman noir, monde rural, secrets de famille

Zone géographique délimitée. Limitée. Un plateau en Corrèze. Un huis clos. Des destins d'hommes et de femmes pénétrés d'une nature rude, âpre et poétique. Des personnages taiseux, forts, violents, entiers. Qui ont l'épaisseur de leurs secrets. Tus. Virgile et Judith, sa femme. Georges, leur neveu adopté. Karl, au passé mystérieux et violent qui cherche la rédemption. Cory, qui débarque avec ses blessures et qui fait renaître Georges. Et puis l'autre, l'Homme-Torture, le Chasseur, animal, prédateur. L'inhumain.

De vous à moi, de moi à vous...

Tu es l'homme du respect, de l'amitié, de l'amour. Sans conditions. Combien de secrets, lourds, vas-tu pouvoir encore porter, Virgile ? Maintenant âgé et malade, tu tiens bon, combien de temps, sur cette terre ingrate, dans cette ambiance sourde... Tu sais, les secrets sont autant de bombes à retardement et le chaos était annoncé. La lumière pourra-t-elle naître de cette tragédie ?


Extrait


"Rien de précieux à perdre. Et désormais, il y a cette femme qui fertilise le granit et grandit les couleurs. La représentation musicale du monde, la sensation de l'entendre, d'en faire enfin partie. Exister ailleurs et autrement que par la terre qu'il cultive. Ensemencer autre chose qu'un champ ingrat. S'émerveiller du jour qui se lève. Passer de la folie au courage sans y perdre son âme."


L'écriture de Franck Bouysse

Une écriture singulière et puissante, poétique. Les phrases sont une riche musique, une musique parfois sinueuse. L'auteur crée des images inédites, des associations originales et réinvente la langue pour pousser les émotions à leur paroxysme. C'est l'écriture des hommes et de leurs folies. Des hommes et de leurs démons. Ou à l'inverse, des hommes et de leurs sagesses.

Dans ce roman, l'écrivain pose le cadre, les personnages, leurs histoires, par touches successives. Et quand tout est posé, tout bascule. Les ficelles de la tragédie sont tirées. Tout était écrit, tout était là. En germe.


Pour voir les autres articles consacrés aux livres de 
Franck Bouysse :

-"Né d'aucune femme"
-"Grossir le ciel"
- Par rapport au roman "Plateau", "Les mots retrouvés"







Fiction, les mots retrouvés

Les mots retrouvés

Au fil de mes lectures, les mots jolis, ou pas, les mots poèmes, les mots étonnants, les mots inconnus, les mots rares, les mots perdus... et retrouvés !


Mots puisés dans Plateau de Franck Bouysse



ROGATON : reste d'un repas - CAREX : plante herbacée des bords de l'eau - SABIR : jargon mêlé de français, arabe, italien, espagnol, parlé dans le bassin méditerranéen - STABULATION : séjour du bétail en étable - RUMEX : plante herbacée - FANAL : feu ou signal, sur un point élevé, servant de repère ("fanal de ses terreurs") - SINUSOÏDE : qui suit la courbe du sinus ou cosinus d'un angle - BLAST : ensemble des lésions organiques causées par une onde de choc - RINCEAUX : en architecture, ornement en forme d'arabesque végétale ("rinceaux olfactifs") - ANIMALCULE : animal microscopique - NUCLÉOTIDE : molécule organique à la base d'un acide nucléide de l'ADN - COMBE : dépression, vallée profonde - BARBILLON : filament charnu aux bords de la bouche de certains poissons - CRÉOSOTE : liquide huileux, désinfectant, qui protège le bois contre la pourriture - HOMONCULE : petit être vivant à forme humaine que les alchimistes prétendaient fabriquer. Petit homme. Avorton - ANDAIN : rangée régulière d'herbe fauchée - NIQAB : long voile porté par certaines musulmanes ayant une fine fente horizontale pour les yeux - SOT-L'Y-LAISSE : morceau délicat de chair situé de part et d'autre de la carcasse du poulet, près du croupion - VELLÉITÉ : de vouloir, intention qui n'aboutit pas à une décision - VORTEX : tourbillon qui se produit dans un fluide en écoulement - LUMEN : unité de mesure des flux lumineux - ÉTIQUE : d'une extrême maigreur - LITANIQUE : qui relève d'une prière suivie d'invocations - VARLOPE : grand rabot à poignées qui se manie à deux mains - SPHAIGNE : mousse des marais dont la décomposition est à l'origine de la tourbe - SESSILE : organisme fixé directement sur le substrat - RASTAQUOUÈRE : étranger aux allures voyantes, affichant une richesse suspecte - DÉLIQUESCENT : qui se liquéfie. Qui tombe en décadence - HOTTENTOTE : langue à clics parlée par les Hottentots, peuple pasteur et nomade de l'Afrique de l'Ouest - CATÉNAIRE : câble assurant l'alimentation électrique des trains - CONSOMPTION : amaigrissement et dépérissement dans une maladie grave et prolongée - CALANCHER : mourir en langage familier - TERRIL : grand tas de déblais au voisinage d'une mine - MÂCHEFER :  déchets solides provenant de la combustion de la houille - FRAYÈRE : lieu où les poissons déposent leurs œufs - PHAGOCYTER : absorber et détruire au sens figuré - FÉTUQUE : graminée des prés et des bois - SURE : qui a un goût acide - PÉNÉPLAINE : région faiblement onduleuse - DIPNEUSTE : poisson d'eau douce à branchies et à poumons - CIMETERRE : sabre oriental à lame large et recourbée - CARAVANSÉRAIL : en Orient, vaste cour entourée de bâtiments où les caravanes font halte. Lieu très animé fréquenté par des gens de toutes provenances dans le langage familier - CARNYX : instrument à vent en cuivre celtique.


-Mon mot jubilatoire : rogaton. Imaginez, sur la table, des rogatons peu ragoutants engloutis par un ragondin dégoûtant !
-Mes mots retrouvés : rinceaux, fanal, barbillon, sphaigne, velléité, litanique, frayère, déliquescent.
-Mon mot poème : caravansérail.
-Mon mot incongru : blast.
-Mon mot nananère : sot-l'y-laisse.
-Mes mots insulte : animalcule et homoncule, très classe !
-Mon mot barbare : créosote.
-Mon mot exotique : rastaquouère.
-Mon mot musical : hottentote.
-Mon mot pompeux : vortex.
-Mon noble mot : sabir.


Pour voir les autres articles consacrés aux livres de 
Franck Bouysse :

-"Né d'aucune femme"
-"Grossir le ciel"
-"Plateau" 


Fiction, LAETITIA COLOMBANI, "La tresse"

Pages vagabondes


Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des personnages qui, par delà les mots, continuent de vous habiter... C'est de ceux-là dont je veux parler.




Laetitia Colombani, LA TRESSE, éd. Le livre de poche, 2017
Roman, condition de la femme, combats de la femme

Trois pays. Trois femmes. Trois destins qui s'entremêlent. "Volonté" est le nom du chemin à parcourir pour ces trois héroïnes, au bout duquel naîtra la Liberté face aux interdits qui leur sont imposés.

En Inde, Smita entreprend d'échapper à sa condition d'Intouchable qui frappe également sa fille. Lutter pour lui offrir l'école, contre un avenir de honte et de misère, sera son défi. 
En Sicile, Giulia succède à son père à la tête de l'entreprise familiale. Il lui faudra renverser le poids de la tradition familiale, sauver l'entreprise, et pour la pérenniser, trouver un souffle nouveau.
Au Canada, Sarah, avocate émérite, a oublié de vivre sa vie de femme et de mère. Pour exister dans ce milieu d'hommes et de requins, elle a travaillé sans compter. Mais sa maladie, la faille, la renvoie au rang des faibles. Ne pas se laisser anéantir par les autres, trouver la force d'exister autrement, sera son nouvel obstacle à surmonter.
Dans cette course de l'espoir, la chevelure est le relais qu'elles se passent de l'une à l'autre...


De vous à moi, de moi à vous...


Smita et Lalita, vous êtes reléguées au ban de la société. Votre vie est très dure. Tellement injuste. Comment reconquérir votre dignité ? 
Giulia, ton histoire d'amour clandestine avec Kamal est pure, magnifique. Condamnée. C'est pourtant elle qui va te porter...
Sarah, le monde professionnel dans lequel tu évolues est sans pitié. Mais tu es une guerrière. Ta maladie aussi tu sauras l'affronter. Ne te laisse pas condamner...



Amazones d'aujourd'hui, vous vous prenez en main, choisissez votre destin. Envers et contre toutes les conventions sociales. Autant d'hymnes à la force intérieure, la volonté libératrice ! 


Extraits :

Pour Smita et Lalita : 
"Smita, elle, a de la chance : Nagarajan ne l'a jamais battue, jamais insultée. Lorsque Lalita est née, il a même été d'accord pour la garder. Pas loin d'ici, on tue les filles à la naissance. Dans le village du Rajasthan, on les enterre vivantes, dans une boîte, sous le sable, juste après leur naissance. Les petites filles mettent une nuit à mourir".

"Tu mourras dans la merde, comme ta mère et ta grand-mère avant toi. Comme tes enfants, tes petits-enfants et tous ceux de ta descendance. Il n'y aura rien d'autre pour vous, les Intouchables, rebuts de l'humanité, rien d'autre que ça, cette odeur infâme, pour les siècles et les siècles, juste la merde des autres, la merde du monde entier à ramasser."

Pour Giulia : 
"Ils prennent l'habitude de se retrouver là, dans la grotte, près de la mer. Kamal travaillant la nuit à la coopérative, et Giulia de jour, à l'atelier, ils se voient à l'heure du déjeuner. Ils font l'amour à midi, et leurs étreintes ont le goût des moments volés. [...] Ces heures-là leur appartiennent, ils en usent et en abusent, comptant leurs grains de beauté, répertoriant leurs cicatrices, goûtant chaque parcelle de leur peau. On ne fait pas l'amour le jour comme on le fait la nuit, il y a quelque chose d'audacieux, d’étrangement plus brutal à découvrir un corps en pleine lumière".


Pour Sarah : 
"Elle n'oublie qu'une chose, pourtant apprise durant ses années de métier, lorsqu'on nage parmi les requins, mieux vaut ne pas saigner".


L'écriture de Laetitia Colombani

Une écriture claire et agréable à lire, très structurée : on passe d'une héroïne à l'autre, d'une mèche à l'autre, tressant ainsi la chevelure ou le destin de ces femmes, qui se rejoignent dans le refus de vivre ce qu'elles n'ont pas elles-mêmes choisi.
C'est un livre qui porte la voix des femmes et fait un bien fou.






Fiction, JEAN-BENOIT PATRICOT, "Darius"

Pages vagabondes

Au fil de l'année 2019, quelques uns de mes voyages littéraires...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des personnages qui, par delà les mots, continuent de vous habiter... C'est de ceux-là dont je veux parler.



Jean-Benoît Patricot, DARIUS, éd. Riveneuve, 2016, coll. Théâtre
Roman épistolaire, adapté au théâtre


Darius est un jeune homme de 19 ans qui est polyhandicapé et qui perd, d'année en année, sa mobilité et ses sens. Le seul sens préservé jusqu'à son décès est celui de l'odorat.

Claire, sa mère, demande alors à Paul, nez et créateur de parfums, d'inventer des fragrances qui permettront à Darius de voyager encore et même de vivre l'amour.


De vous à moi, de moi à vous...


Quelle mère admirable tu fais ! Ton amour pour ton fils est délicat, profondément respectueux, sincère. Tu as choisi de l'accompagner jusqu'à son dernier souffle en lui offrant une multitude de destinations olfactives. Après tout, à 19 ans, l'appétit de vivre est féroce ! 
Ainsi, grâce au travail et à la complicité de Paul, tu lui permets de s'évader de ce corps dont il est prisonnier et de jouir de la vie encore présente en lui.
Sans le savoir, grâce à toi, c'est Paul aussi, qui va à nouveau s'éveiller, renaître. Lui, son existence, il l'avait rangée, bien pliée, au fond d'un tiroir, depuis le décès de son épouse... 
Vos échanges en deviennent alors touchants et complices, quelle belle alchimie !

Extrait

"Ce parfum est un bonheur, une harmonie parfaite avec des senteurs souples, vibrantes, propices aux illusions, peut-être même à l'abstraction. J'y ai retrouvé toute la ville, les ruelles sombres et chaudes, l'air captif des églises, le soleil dans le jardin de la villa Médicis, la musicalité de la langue. (...) J'ai tout de suite su qu'il (Darius) avait reconnu Rome à son petit sourire de contentement. Il est resté les yeux clos. Il était de retour à Rome."




vendredi 22 février 2019

Poésie de papier

Des petits personnages ou animaux de papier...

Décoratifs et poétiques.



Papillons de papier, prêts à s'envoler...

Papillons de papier, corde de coton


Ange de Noël, livre plié, collages, peinture

L'ours blanc dans sa grotte


Le rendez-vous

Le lecteur

Le bateau (fait par mon loulou)


Volumes de papier

Des pages et des volumes...

Des petits objets décoratifs, réalisés avec des pages de livres pliées.



Volumes géométriques


Volumes géométriques

Volumes géométriques

Fleurs de papier, bois flotté, dentelle ancienne

Fleurs de papier, dentelle ancienne

Fleurs de papier, bouton, tissus, rubans

Fleurs de papier, dentelle ancienne

Fleurs de papier

Fleurs de papier


Fleurs de papier

Boîte décorée



Petits messages... enveloppe, plume de papier et dentelle ancienne
Enveloppe à soufflet pour divers petits objets

lundi 18 février 2019

Art'Expo, La mémoire et les rêves


C'est exposé !

Au fil de l'année, mes sorties expos...



"La mémoire et les rêves"
2019, Arles, chapelle Sainte-Anne


Marie Goussé est artiste plasticienne. Ses installations sont poétiques, épurées. Textiles légers, plumes, éléments naturels pour symboliser le corps, les fragments de corps, l'âme. Ils sont autant d'installations mystérieuses pour évoquer la mort, la mémoire, la survivance. C'est un conte imaginaire tout de blanc vêtu qui évoque noblement le côté obscur de la vie.


Les manteaux


Chaise douce rouge












"Ça nous regarde"




"Les troncs"


"L'enfant évanoui"


"Les jambes"




"Meilleur souvenir fleuri de toi"




Art'Expo, Carmen Project



C'est exposé !

Au fil de l'année, mes sorties expos...



Carmen Project


2018, Tarascon, Cloître des Cordeliers

Couleurs ardentes et textures chatoyantes, sensuelles ou démoniaques. Ambivalences et métamorphoses. La séduction rebelle  de Carmen est au programme de cette expo 
qui est un conte visuel.

Photo perso de l'expo - costumes suspendus

 Photo perso de l'expo - costume illuminé, feu de la passion

 Photo perso de l'expo - costume sensuel aux couleurs chatoyantes

Photo perso de l'expo - costume, détail des tissus et couleurs


Photo perso de l'expo - installation


Photo perso de l'expo - photographie de scène


Photo perso de l'expo - affiche de spectacle


Photo perso de l'expo - dessin


Photo perso de l'expo - détail dessin, force et séduction, tempérament de feu



lundi 11 février 2019

Fiction, LEÏLA SLIMANI, "Chanson douce"

Pages vagabondes

Au fil de l'année 2019, quelques uns de mes voyages littéraires...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des personnages qui continuent de vous habiter... C'est de ceux-là dont je veux parler.




Leïla Slimani, CHANSON DOUCE, éd. Gallimard, coll. Folio, 2016
Roman psychologique

Myriam, épouse de Paul, décide de reprendre son activité professionnelle et engage une nounou, Louise, pour garder ses deux enfants, Mila et Adam. Le roman démarre par la scène de crime, puis on remonte la mécanique implacable de cette histoire de dépendance mutuelle.


De vous à moi, de moi à vous...

Pauvre Louise ! Naufragée de l'amour, tu habites la vie des autres à la recherche de ce bonheur qui te manque tant, accrochée comme une sangsue, tu crois construire le tien, en parallèle. 
Mais tu t'es trompée de chemin, c'était d’abord chez toi qu'il fallait tout construire, et, à défaut de pouvoir le faire avec ton mari, tu aurais dû au moins essayer avec ta fille. Car on ne bâtit aucun nid dans le creux des autres, même en faisant tout pour être indispensable. 
Pauvre âme esseulée et caractérielle, tu t'enfermes alors dans une mécanique odieuse, sordide, froide et va jusqu'au bout d'un processus qui s'est nourri patiemment de ta misère sociale et affective.

Extrait 
(une heure avant le meurtre, l'enquête policière...)

"Mille fois le capitaine a repassé l'enregistrement. Elle a regardé jusqu'à la nausée la tranquille démarche de Louise dans les rayons. elle a observé ses mains, ses toutes petites mains, qui se saisissaient d'un pack de lait, d'un paquet de biscuits et d'une bouteille de vin. Sur ces images les enfants courent d'un rayon à l'autre sans que la nounou les suivent des yeux. (...) Louise est calme, elle n'ouvre pas la bouche, elle ne les appelle pas. Elle se dirige vers la caisse et ce sont eux qui reviennent vers elle, en riant. Ils se jettent entre ses jambes, Adam tire sur sa jupe, mais Louise les ignore. A peine montre-t-elle quelques signes d'agacement, que la policière devine, une légère contraction de la lèvre, un regard furtif, par en dessous. Louise, se dit la policière, ressemble à ces mères duplices qui, dans les contes, abandonnent leurs enfants aux ténèbres d'une forêt."

Ce roman a reçu 3 prix : 

-En 2016, le Prix Goncourt des lycéens

-En 2017, le Grand Prix des lectrices Elle et le Grand Prix des Lycéennes