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C. M.

lundi 11 février 2019

Fiction, Marceline Loridan-Ivens

Pages vagabondes

Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des personnages qui, par delà les mots, continuent de vous habiter... C'est de ceux-là dont je veux parler.


Marceline Loridan-Ivens, ET TU N'ES PAS REVENU, éd. Grasset, 2016
Récit autobiographique, Seconde Guerre Mondiale, déportation


A l'âge de 15 ans, Marceline est déportée à Birkenau*. Arrêtée avec son père, il est, lui, dans le camp d'Auschwitz. 3 km les séparent, 3 km... de barbelés. Si près et si loin.

Ce récit est une longue lettre qu'elle lui adresse, elle lui raconte son calvaire dans le camp, son retour à la maison, l'incompréhension de la famille qui ne peut croire ce qu'elle a vécu et qui minimise. Alors la douleur, Marceline la garde pour elle. Douleur qui s'amplifie, même après tant d'années, meurtrie par le vide qu'il laisse et l'absence de réponses à toutes ces questions qu'elle ne pourra jamais lui poser.


De vous à moi, de moi à vous...


Marceline, si petite, si frêle et menue, comment as-tu pu survivre à l’Innommable, à l'Inimaginable ? Ton récit est un témoignage terrible, poignant. J'ai beau savoir toutes ces horreurs, toujours je me dis que non, ce n'est pas possible... Et ton père, ton cher père aimant, qui te laisse, par la force de l'Histoire, orpheline. Tant d'année après, la souffrance est là, parce que la blessure profonde. L'âge avançant, te retourner, une dernière fois**, sur ce chemin de douleurs, est nécessaire. L'appeler, lui parler, lui dire que tu l'aimes tendrement, lui poser toutes ces questions, restées en suspens, des années durant.
Marceline, la vie, et non plus la survie, sera, je l'espère, pour une autre fois... Une deuxième chance ne serait pas volée !

Extrait

"J'ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l'ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même.T'écrire m'a fait du bien. En te parlant je ne me console pas. Je détends juste ce qui enserre mon cœur."


Ce roman a reçu le Grand Prix des lectrices Elle en 2016.

* Marceline a été déportée dans le même convoi que Simone Veil, elles sont, toutes les deux, amies de douleurs.
**Marceline est décédée le 18 septembre 2018.





Marceline Loridan-Ivens, L'AMOUR APRES, éd. Grasset, 2018
Récit autobiographique, Seconde Guerre Mondiale, aimer après la Déportation


Rescapée du camp de Birkenau, est-elle vivante pour autant ? Que peut-elle faire de son corps, son corps de femme qui "s'est dessiné en même temps qu'il était condamné."  Marceline refait le chemin de sa vie, en sortant, tour à tour, les lettres d'amour et les mots d'amitié, les photographies de sa "valise d'amour".


De vous à moi, de moi à vous...

La "valise d'amour", quel précieux trésor ! 89 années d'une vie remplie d'amours d'hommes*, pour toi, d'attentions, de douceurs... Mais toi ? As-tu pu aimer vraiment, pleinement ? T'es-tu réconciliée avec ton corps saccagé, volé par l'Histoire ? Tu égrènes tes rencontres, multiples, mais cette quête de l'amour, est vaine, stérile. Stérile, tout comme ton désir d'enfant, trop écœurée par ce qu'Ils leur faisaient, sous tes yeux. 
Non, l'amour reste amer et ton corps meurtri. 
Ta plus belle conquête alors est plutôt celle de la liberté. Liberté que tu as su préserver, protéger. Jalousement. Car ton désir est fort, depuis les camps, de ne plus te laisser donner d'ordres, par qui que ce soit !


Extrait

"Je ne sais pas faire autrement. L'Histoire m'a choisie, mastiquée, déchiquetée, recrachée survivante, et plutôt que de la fuir, de me soigner aux sentiments et aux passions intimes, je ne peux vivre sans elle, je la longe, comme on suit un cours d'eau par peur de la perdre. (...). Tu avais donc raison Georges, quand tu parlais de mes résistances à l'amour."


*Parmi les hommes amoureux de Marceline, on peut citer le sociologue et philosophe Edgar Morin, l'écrivain Georges Perec.