Pages vagabondes
Au fil de l'année 2019, quelques uns de mes voyages littéraires...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer leur mélodie. Des personnages qui continuent de vous habiter... C'est de ceux-là dont je veux parler.
Leïla Slimani, CHANSON DOUCE, éd. Gallimard, coll. Folio, 2016
Roman psychologique |
Myriam, épouse de Paul, décide de reprendre son activité professionnelle et engage une nounou, Louise, pour garder ses deux enfants, Mila et Adam. Le roman démarre par la scène de crime, puis on remonte la mécanique implacable de cette histoire de dépendance mutuelle.
De vous à moi, de moi à vous...
Pauvre Louise ! Naufragée de l'amour, tu habites la vie des autres à la recherche de ce bonheur qui te manque tant, accrochée comme une sangsue, tu crois construire le tien, en parallèle.
Mais tu t'es trompée de chemin, c'était d’abord chez toi qu'il fallait tout construire, et, à défaut de pouvoir le faire avec ton mari, tu aurais dû au moins essayer avec ta fille. Car on ne bâtit aucun nid dans le creux des autres, même en faisant tout pour être indispensable.
Pauvre âme esseulée et caractérielle, tu t'enfermes alors dans une mécanique odieuse, sordide, froide et va jusqu'au bout d'un processus qui s'est nourri patiemment de ta misère sociale et affective.
Extrait
(une heure avant le meurtre, l'enquête policière...)
"Mille fois le capitaine a repassé l'enregistrement. Elle a regardé jusqu'à la nausée la tranquille démarche de Louise dans les rayons. elle a observé ses mains, ses toutes petites mains, qui se saisissaient d'un pack de lait, d'un paquet de biscuits et d'une bouteille de vin. Sur ces images les enfants courent d'un rayon à l'autre sans que la nounou les suivent des yeux. (...) Louise est calme, elle n'ouvre pas la bouche, elle ne les appelle pas. Elle se dirige vers la caisse et ce sont eux qui reviennent vers elle, en riant. Ils se jettent entre ses jambes, Adam tire sur sa jupe, mais Louise les ignore. A peine montre-t-elle quelques signes d'agacement, que la policière devine, une légère contraction de la lèvre, un regard furtif, par en dessous. Louise, se dit la policière, ressemble à ces mères duplices qui, dans les contes, abandonnent leurs enfants aux ténèbres d'une forêt."
Ce roman a reçu 3 prix :
-En 2016, le Prix Goncourt des lycéens
-En 2017, le Grand Prix des lectrices Elle et le Grand Prix des Lycéennes
-En 2016, le Prix Goncourt des lycéens
-En 2017, le Grand Prix des lectrices Elle et le Grand Prix des Lycéennes