C'est exposé !
Au fil de l'année, mes sorties expos...
Camille Claudel
"Géniale folie"
"Géniale folie"
Juillet 2022, Baux-de-Provence, Musée Yves Brayer
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| Affiche de l'expo |
L'exposition dédiée aux sculptures de Camille Claudel se tient au
musée Yves Brayer, aux Baux-de-Provence.
Voir plus loin dans l'article.
C'est aussi l'occasion de découvrir ce peintre, grâce à la collection
permanente. Yves Brayer est né en1907 à Versailles et est mort à Paris en
1990. C'est un peintre figuratif français tombé sous le charme de la Provence et des
paysages méditerranéens.
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| Le musée Yves Brayer se situe dans le plus bel hôtel particulier du village, L'Hôtel de Porcelet |
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| Entrée du musée |
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| Salle du rez-de-chaussée - salle voutée décorée de fresques du XVIIe siècle représentant les Quatre saisons et les allégories des Quatre Vertus Cardinales (Prudence, Tempérance, Force d'âme, Justice) |
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| Salle du rez-de-chaussée - détail |
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| Collection permanente, Yves Brayer - Portrait de Françoise Calais, Reine d'Arles, 1967 |
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Collection permanente, Yves Brayer - L'allée de pins à Saint-Paul de
Mausole, Saint-Rémy-de-Provence 1946 |
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| Collection permanente, Yves Brayer - La jeune fille et la duegne, Espagne 1929 |
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| Collection permanente, Yves Brayer - Tolede, Espagne 1970 |
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| Collection permanente, Yves Brayer - La Basilique de Basile-le-Bienheureux, Moscou 1970 |
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| Collection permanente, Yves Brayer - Le Tarn rouge à Albi, 1938 |
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| Collection permanente, Yves Brayer - En Wagon, 1933 |
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| Collection permanente, Yves Brayer - Les séminaristes allemands, Rome 1932 |
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| Collection permanente, Yves Brayer - Le Reflet, visages de l'artiste et de son épouse, 1973 |
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| Vitrail ancien, verre coloré et irrégulier, ligne géométrique |
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Les sculpteurs Camille Claudel et Jessie Lipscomb dans leur atelier parisien au milieu des années 1880. Photo de W. Elborne. NB : Photo utilisée pour l'affiche de l'exposition et son catalogue. |
J'aurais tellement aimé saisir les reflets de la lumière posée sur une
courbure sensuelle, un muscle vibrant, un visage à l'expression profonde
pour en révéler toute la force et la beauté. Mais tant pis, cette fois-ci je
range mon appareil photo et avec lui mon irrésistible envie "d'avoir"
l'œuvre de l'artiste par moi-même...
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Portrait de Camille Claudel à 17 ans, réalisé par Ghita Theuriet
vers 1862, collection particulière. Ce portrait a été réalisé à la mi-Carême, dans le contexte du carnaval. |
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| Série de portraits de Camille Claudel |
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| La maison des Claudel, rue Saint-Epoing à Nogent-sur-Seine de 1876 à 1879 |
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| Camille au balcon, 1886 |
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| La pensée, portrait de Camille Claudel par Auguste Rodin, 1893-1895 |
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Louise-Athanaïse Cerveaux épouse Claudel, collection de
famille Mère de Camille à l'âge, environ, de 42 ans |
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Louise-Athanaïse Claudel vers 1882-1883, bronze posthume. Musée Camille Claudel, Nogent-sur-Seine |
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La vieille Hélène, 1882, bronze posthume, collection
particulière. Première œuvre signée de Camille qui a 18 ans. Il s'agit d'une domestique. |
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| Camille vers 14 ans, 1878, photo E. Chéron |
Alfred Boucher est un jeune sculpteur de 26 ans lorsqu'il découvre le
travail de Camille Claudel. Il convainc le père de Camille de déménager à
Paris pour qu'elle puisse recevoir une réelle formation. Camille est âgée de
15 ans.
A Paris, l'enseignement d'Alfred Boucher est bref, après avoir reçu le
Grand Prix du Salon, il part pour l'Italie et confie sa jeune élève à
Auguste Rodin.
"J'ai une élève en ville... c'est une jeune fille moqueuse, insolente,
implacable, cette élève n'est pas comme les autres. Un peu difficile à
amadouer, une bête sauvage tant qu'elle n'a pas confiance, mais après, quel
trésor de générosité et de tendresse, si elle vous apprécie, elle vous
donnera tout" (lettre conservée au musée Rodin).
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| Camille par César, 1885 |
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| Portrait de Rodin vers 1889 |
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| Giganti ou Tête de brigand, 1885, bronze ancien, musée des Beaux-Arts à Reims |
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| Marguerite Boyer, modèle de "La petite Châtelaine" |
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La Valse, 1905, bronze ancien, collection F. Pautrat. "Valse mélancolique et langoureux vertige" (Charles Baudelaire, Harmonie du soir, 1857) |
Dans la première moitié du XIXe siècle, la valse, adoptée par toute la
jeunesse bourgeoise, était sujet de réprobation. L'ivresse des tourbillons
autorisait une liberté de mouvement, un rapprochement corporel, qu'aucune
autre danse n'avait procuré auparavant. Pour les esprits conservateurs, la
valse "perdait" une jeune fille honnête. Il a fallu toute la musicalité du
Beau Danube Bleu de Johann Strauss pour que cette danse fasse
évoluer les mentalités et devienne populaire à l'époque de Camille.
C'est une des œuvres les plus célèbres de Camille, une des plus
célèbres de la fin de l'époque heureuse avec Rodin.
Une œuvre charnelle et audacieuse, lorsque l'on sait que dans une
première version, aujourd'hui disparue, les danseurs étaient nus. Face au
refus de l'Administration des Beaux-Arts choquée par cette nudité, Camille
a dû "revêtir" la jeune valseuse.
On touche là l'aspect avant-gardiste de son travail et ses combats face à
une société artistique "classique" et majoritairement masculine.
Enfin, une œuvre dont Camille dira elle-même "Ce n'est plus du
Rodin".
1892, année qui entame un processus de rupture entre les deux artistes.
Rupture qui s'éternise sur quelques années. La rupture avec Rodin au profit
d'un engagement définitif auprès de Rose Beuret jettera Camille dans la
rancœur et le tourment.
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| L'implorante, entre 1900 et 1904, bronze ancien, collection particulière. |
Le début du XXe siècle marque le début de la collaboration avec Eugène
Blot, fondeur et marchand d'art. Dès sa première rencontre avec Camille, il
achète les droits de reproduction de l'Implorante (alors que l'Etat, malgré
ses promesses, ne lui en fera jamais la commande, au désespoir de
Camille).
C'est grâce à son intervention qu'une bonne partie des œuvres a été
sauvegardée et commercialisée auprès d'amateurs. Il fait partie des fidèles
qui auront assisté, impuissants, à sa déchéance.
Dans une dernière lettre datée de 1932, alors que Camille est internée
depuis 9 ans, il témoigne de "l'émotion indicible" que lui avait suscitée le
premier tirage de cette Implorante. "Avec vous, on allait quitter le
monde des fausses apparences pour celui de la pensée. Quel génie ! Le mot
n'est pas trop fort."
"Le temps remettra tout en place", sa célèbre phrase laisse présager un
futur marqué par la reconnaissance de ses pairs.
"Ecrivez-moi, prenez la main que je vous tends. Je n'ai jamais cessé d'être
votre ami".
Cette émouvante lettre aurait apaiser son cœur affligé mais sa mère
ayant interdit toute correspondance, Camille n'a jamais pu la
recevoir.
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| Rêve au coin du feu, 1906, marbre et bronze, dédicacé, collection particulière. |
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| Rêve au coin du feu, détail |
Œuvre empreinte de mélancolie, qui marque la solitude dans laquelle
s'enfonce progressivement Camille à cette époque.
Paul Claudel écrit "Une femme assise et qui regarde le feu, c'est le
sujet d'une des dernières sculptures de ma pauvre sœur. La conclusion de
sa douloureuse existence" (La Rose et le Rosaire, 1946).
Oui mais, la contemplation du feu et le bien-être physique qu'il
procure sont aussi pour Camille des souvenirs de sa lointaine enfance à
Villeneuve entre autres, d'où le sens de sa dédicace.
Ce souvenir de bien-être se transforme en amer regret, lorsqu'elle
est à l'asile, où souvent, dans ses lettres elle dénonce le froid
qu'elle subit, "Ô Dieu que c'est ennuyeux ! Je voudrais bien être au
coin de la cheminée de Villeneuve mais hélas ! Je crois que je ne
sortirai jamais de Montdevergues du train où ça va !" (lettre du 4 avril
1932).
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La vague de Katsuchika Hokusaï, vers 1830. L'estampe japonaise fait irruption dans le monde de l'art et celle-ci influence particulièrement les Impressionnistes... |
Suite à ces influences, Camille crée La Vague en
marbre-onyx et en bronze, seule artiste au monde à avoir sculpté ce
matériau délicat (utilisé également dans Les Causeuses).
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La Vague, reproduction contemporaine en bronze tirée à
partir de l'œuvre originale en onyx et bronze datée de 1897, collection particulière. Les trois baigneuses se jouent du danger... |
2 mars 1913, le père de Camille décède, elle n'est pas informée tout
de suite. Tout se précipite, Mme Claudel signe l'autorisation de
placement volontaire le 10 mars. A son domicile du Quai de Bourbon où
elle vit en recluse, Camille, 48 ans, est enlevée par "un cyclone"
(lettre à Mme de Vertus automne 1913) par "deux sbires armés de toutes
pièces, casqués, bottés, menaçants en tous points" (lettre à Paul
Claudel 3 mars 1927). Camille, au pic de sa maladie, ne réalise pas
tout de suite que l'internement est commandé par sa famille. Dans son
délire, elle pense que "ce sont Rodin et les marchands d'objets d'art
qui l'ont envoyée faire pénitence dans les asiles d'aliénés".
Le XIXe siècle est marqué par la tragédie asilaire. La loi de 1838,
créée à l'origine pour protéger les malades mentaux et construire des
lieux pour les accueillir, connait une dérive sans pareil. Sont mélangés
des fous atteints de pathologies légères ou lourdes et ceux qui
"dérangent" la société ou leur famille mais qui ne le sont pas.
S'ensuivent une surpopulation de ces lieux et des soins qui ressemblent
plus à des méthodes de tortures ou des expériences scientifiques :
carcan, douche glacée ou brûlante, camisole, lit sans matelas,
isolement, répression...
Lorsque Camille est internée en 1913, l'asile est sous les feux de la
critique, le reproche principal étant le mélange des malades aigus et
chroniques, l'inadaptation des soins.
"Tout cela crie, chante, gueule à tue-tête du matin au soir et soir au
matin. Ce sont des créatures que leurs parents ne peuvent pas supporter
tellement elles sont désagréables et nuisibles. Et comment se fait-il
que moi, je sois forcée de les supporter. Ce n'est pas ma place au
milieu de tout cela, il faut me retirer de ce milieu" (lettre à Paul
Claudel, 3 mars 1927).
"Dis-toi bien que ta sœur est en prison. En prison et avec des folles
qui hurlent toute la journée, font des grimaces, sont incapables
d'articuler trois mots sensés. Voilà le traitement que depuis vingt ans
on inflige à une innocente !" (lettre à Paul Claudel 1932-1933).
Le 20 octobre 1943, Paul est informé que sa sœur est décédée le 19 octobre.
Elle a 78 ans. Paul ne se déplacera pas pour ses obsèques et fait adresser
10 jours plus tard de l'argent à l'aumônier pour faire dire des messes. Il
ne se soucie pas du lieu de sépulture, elle est mise en fausse
commune.
Ce n'est qu'en 1962 que, Pierre Claudel, le fils de Paul, fait rapatrier la
dépouille de sa tante dans son village natal.
En 2008, Reine-Marie Paris et Philippe Cressent, avec le soutien de la
mairie d'Avignon, font ériger un cénotaphe digne de la mémoire de sa
grand-tante sur le lieu de sa disparition au cimetière de
Montfavet.
L'une des faces gravées porte la phrase d'Eugène Blot :
"Le temps remettra tout en place".
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-Pour voir l'article concernant la correspondance de Camille Claudel, article à compléter, cliquer ici
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-Pour voir l'article consacré aux Baux-de-Provence, cliquer ici
































