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C. M.

samedi 12 novembre 2022

Art'Expo, Avignon, Sebastião Salgado

 C'est exposé !


Au fil de l'année, mes sorties expos...



Sebastião Salgado
"Amazônia"
Novembre 2022, Avignon, Palais des Papes







Sebastião Salgado, reporter-photographe franco-brésilien né en 1944 au Brésil. 
Membre de l'Académie américaine des Arts et des Sciences et de l'Académie des Beaux-Arts en France.
Travaille exclusivement en argentique noir et blanc.

Composition musicale de l'exposition créée par Jean-Michel Jarre, ambassadeur de l'Unesco depuis 1993, à partir de sons concrets enregistrés dans la forêt : bruissements des arbres, chants des oiseaux, fracas des eaux...


Au Palais des Papes...









L'expo

"Amazônia"









L'Amazonie a toujours frappé les imaginations. Si elle fait naître bien des métaphores son image est bien souvent éloignée de la réalité. Ce vaste territoire est sur neuf pays d'Amérique du Sud avec une superficie dix fois supérieure à celle de la France. Plus de 60% de cette forêt tropicale, la plus grande au monde, se trouve sur le sol brésilien.

Lorsque les navigateurs portugais ont accosté au Brésil en l'an 1500, dans cette dense et riche végétation irriguée par d'innombrables rivières, vivait une population estimée à environ 5 millions d'habitants. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 370 000, répartis en 188 groupes qui parlent 150 langues différentes. Et, à ce jour, 144 groupes identifiés n'ont jamais été contactés.

Depuis le XVIIe siècle, villes et cités ont poussé le long du fleuve Amazone et de ses affluents. Mais le milieu du XXe siècle a marqué le début d'un triste chapitre dans la lutte pour la survie des populations locales : les flux migratoires venant du sud du pays ont conduit à la déforestation pour faire place à l'élevage de bovins et à la culture du soja. De nouvelles routes et l'ouverture de voies navigables ont facilité l'accès aux entreprises forestières et aux orpailleurs.

La forêt amazonienne est soumise, principalement sur ses bordures, à une constante prédation de la biodiversité. Chaque année, des dizaines de milliers d'exploitations agricoles augmentent leurs superficies, grignotant l'immense forêt, détruisant peu à peu les territoires indigènes malheureusement avoisinants.

La forêt amazonienne est le seul endroit au monde où le système d'humidité de l'air ne dépend pas de l'évaporation des océans : chaque arbre fonctionne tel un aérateur dispensant des centaines de litres d'eau par jour dans l'atmosphère, créant des rivières aériennes encore plus volumineuses que le fleuve Amazone.

Les images satellitaires montrent invariablement une forêt tropicale en grande partie masquée par les nuages. Le jour où la jungle sera parfaitement visible depuis l'espace, sera aussi le jour où les "rivières volantes" auront disparu, avec les conséquences catastrophiques qui en résultent pour notre planète.

Cette exposition est le fruit de sept ans d'expériences humaines et d'expéditions photographiques - par la terre, l'eau et l'air -  dans une Amazonie encore méconnue qui ne cesse de nous étonner par la culture et l'ingéniosité de ses peuples, par ses mystères, sa puissance et sa beauté inégalée. Grâce à l'impénétrabilité de la jungle, des peuples ont pu préserver pendant des siècles leurs modes de vie traditionnels. Aujourd'hui, les voici gravement menacés, ainsi que la survie de la forêt.

Ces images sont un témoignage de ce qui existe encore avant que davantage ne disparaisse. Pour que la vie et la nature surmontent l'extermination et la destruction, il est un devoir pour les êtres humains de la planète entière, de participer à sa protection.

Sebastião Salgado
Lélia Wanick Salgado








MARUBO

Comme chez d'autres peuples de l'extrême ouest de l'Amazonie, la mythologie des Marubo est fortement influencée par la mémoire de leurs relations avec l'Empire inca : plusieurs récits mythiques mentionnent les voyages de leurs ancêtres pour aller chercher des biens chez les Incas, par exemple des pierres, si rares dans leur région de la vallée de Javari, où la terre est sablonneuse. Peut-être doivent-ils leur propre nom à leur relation avec les Incas : le mot "Marubo" ne signifie rien dans leur langue, qui appartient à la famille linguistique pano. Il est possible qu'il s'agisse d'une déformation du quechua "Mayoruna", ou "peuple de la rivière", qui servait aussi à désigner leurs voisins les Matsés.

Les Marubo vivent dans des maisons communautaires, des "malocas", de forme oblongue situées au centre du village. Chaque maison a un "maître", qui est le chef de la communauté et qui est également responsable de la construction de la maison et de son entretien structurel. Sa famille occupe les espaces les plus proches de l'entrée principale, ce qui fait aussi de lui une sorte de gardien de la maison.

Actuellement, la population Marubo compte un peu plus de 2000 personnes. Le Territoire indigène de la vallée de Javari, qu'ils habitent, est l'un des plus grands du Brésil, avec 8,5 millions d'hectares, et abrite plusieurs autres peuples : les Korubo, Matis, Matsés, Katukina et plusieurs autres communautés isolées.

L'expérience de la cohabitation avec les non-Indigènes pendant plus d'un siècle fait partie intégrante de la formation des jeunes Marubo, pour qui il est important de bien apprendre le portugais. C'est pourquoi ils sont nombreux à devenir traducteurs et intermédiaires dans les relations avec les agents de l'Etat (comme le personnel infirmier des postes de santé par exemple) et pour soutenir les actions des organisations de défense des Indigènes comme le montre leur participation constante aux expéditions de contact des autres peuples de la région.
 


Dans le village de Marubo de Maronal, le jeune leader Wino Këyashëni (Beto Marubo). Son corps est peint au jus de genipa mélangé à de la cendre. Cette peinture est portée pendant les festivités des piqûres de guêpe afin d'éloigner la panema (paresse ou malchance).
Village de Maronal.
Territoire indigène de Marubo de la vallée de Javari. Etat d'Amazonnas, 2018.

Siná est enseignant. Son corps est peint avec du jus de genipa mélangé à des cendres pour le fixer.
La peinture au roucou est portée pendant les fêtes du maïs et pour la guerre. Village de Maronal. Territoire indigène Marubo de la vallée de Javari. Etat d'Amazonas, 2018.

Têtê-Shavo du village Marubo de Morada Nova. Elle utilise son nom de naissance, ce qui signifie qu'elle n'a pas encore eu d'enfant.
Territoire indigène Marubo de la vallée de Javari. Etat d'Amazones, 2018.

Près du village de Maronal. Txomãewa au premier plan.
Derrière : Vonchi Peko, Txonani Ewa, Kena, Paichî et Rao.

La jeune Ino Tamashavo, avec une perruche. Son peuple se distingue par les colliers blancs portés à travers le nez, confectionnés à partir de coquilles d'escargots de rivière. Les Marubo élèvent des oisillons et des petits d'autres espèces comme animaux de compagnie.
Territoire indigène Marubo de la vallée Javari. Etat d'Amazonas, 1998.

A l'intérieur de la maloca principale du village de Maronal : celle du chef Ivinimpa Marubo. Les grosses cordes servent à suspendre les bananes. A droite se trouvent des ballots de maïs, qui peuvent y être conservés longtemps dans de bonnes conditions.
Territoire indigène Marubo de la vallée de Javari. Etat d'Amazonas, 2018.

Akö-Ewa, la femme du chef Ivinimpa, utilise un fuseau pour filer du coton. Village de Maronal. Territoire indigène Marubo de la vallée de Javari. Etat d'Amazonas, 1998.

Vue aérienne de la communauté Marubo du village Maronal : Les Marubo vivent dans de grandes maisons communautaires, mais construisent aussi de petites cabanes autour de la maloca principale, dans lesquelles ils entreposent des outils, des masques rituels ou des armes à feu.
Territoire indigène Marubo de la vallée de Javari. Etat d'Amazonas, 1998.

Akö-Ewa et son fils Shako dans la cuisine de la maloca principale du village de Maronal,
celle du chef Ivinimpa.
Territoire indigène Marubo de la vallée de Javari. Etat d'Amazonas, 2018.

Pluie sur un igapó, un type de forêt fréquemment inondée par un cours d'eau.
Au centre, un palmier açaí-solteiro.
 Rivière Jaú, parc national Jaú.  Etat d'Amazonas, 2019.

Une formation de palmiers jauari.
Rivière Jaú, parc national de Jaú. Etat d'Amazonnas, 2019.

Aras. Les parents et leur petit.
 Parc national de Jaú. Etat d'Amazonnas, 2019.

Une grande aigrette blanche est élégamment perchée à la lisière d'un igapó. Les aigrettes, communes dans la forêt tropicale amazonienne, sont des oiseaux pélécaniformes (semblables au pélican) qui vivent en groupe et se nourrissent de poissons et d'autres animaux de rivière.
Rivière Jaú, parc national de Jaú. Etat d'Amazonas, 2019.

Igapó. Un palmier jauari s'incline au premier plan. Au deuxième plan, des cecropias connues sous le nom d'embaúba-da-várzea se penchent également au dessus de l'eau.
Les embaúbas sont des arbres pionniers, les premiers qui poussent dans les zones dévastées,
créant ainsi un environnement propice à la croissance d'autres arbres.
Rivière Jaú, parc national de Jaú. Etat d'Amazonas, 2019.

Paysage fluvial à l'estuaire de la rivière Jaú.
Parc national de Jaú. Etat d'Amazonas, 2019.




ANAVILHANAS
Des îles au fil de l'eau

Dans l'immensité de la forêt amazonienne, la bataille que se livrent la terre et l'eau depuis la nuit des temps a donné naissance au plus grand archipel d'eau douce au monde, les Anavilhanas, dont les îles aux formes infinies ponctuent les eaux sombres du Rio Negro. Depuis les airs, le spectacle est stupéfiant et s'étire aussi loin que le regard peut porter. Au niveau de l'eau, il s'agit d'un gigantesque puzzle où seuls les pilotes de bateaux aguerris savent naviguer sans encombre parmi cette myriade d'écueils naturels.

La plupart des grandes terres émergées sont elles-mêmes recouvertes d'une végétation tropicale dense. S'il est impossible de déterminer le nombre exact de ces îles, estimé entre 350 et 400, c'est parce que certains îlots de faible altitude peuvent disparaître, provisoirement ou à tout jamais, lorsque la saison des pluies élève le niveau des eaux de plus de 20 m. De sorte que, d'année en année, les photographies satellitaires restituent un archipel en constante recomposition.

Ces îles du Rio Negro apparaissent à environ 80 kilomètres au nord-ouest de Manaus et, sous la forme de deux bancs principaux, s'égrènent sur quelque 400 kilomètres vers l'amont jusqu'à Barcelos, première ville fondée par les colons portugais arrivés par voiliers au milieu du XVIIIe siècle.


Parc national des Anavilhanas, Etat d'Amazonas, 1999.

Parc national des Anavilhanas, Etat d'Amazonas, 1999.


L'intensité des inondations dépend de la fonte des neiges sur les montagnes des Andes en Colombie, où se trouve l'une des sources du Rio Negro. Le courant de la rivière donne aux îles des formes allongées qui suivent la direction de l'eau. 


Orages sur le bas Rio Negro, près de la confluence avec le Rio Branco et de l'archipel des Anavilhanas. Etat d'Amazonas, 2019.





YANOMAMI

Les Yanomami constituent le peuple indigène le plus nombreux au monde vivant dans un quasi-isolement : ils sont environ 40 000 personnes, dont 28 000 au Brésil et les autres au Venezuela. Ils vivent depuis près de mille ans autour de la plus haute chaîne de montagnes du territoire brésilien : le contact avec les Blancs ayant au fil des siècles décimé les peuples des vallées, le territoire des Yanomani s'est peu à peu déplacé vers les zones basses du territoire. Les Yanomani du Brésil vivent à sa frontière avec le Venezuela, dans le plus grand territoire indigène du pays qui s'étend du nord de l'Etat du Roraima jusqu'au Rio Negro dans l'Etat d'Amazonas. On connaît parmi eux au moins un groupe totalement isolé.

C'est à partir de la seconde moitié du XXe siècle qu'ils ont été davantage exposés à la présence de représentants non-Indigènes : missionnaires religieux, explorateurs, agents de l'Etat brésilien chargés de marquer les frontières. A partir des années 1970, sous l'idéologie développementaliste dominante, la dictature brésilienne militaire (1964-1985) décida de faire passer plusieurs routes par leurs terres. Vulnérables aux maladies des Blancs, les Indigènes furent alors victimes de vagues successives d'épidémies de grippe, de paludisme, de rougeole et de maladies sexuellement transmissibles.

Dans les années 1980, ce sont des dizaines de milliers d'orpailleurs illégaux qui envahissent la région, avec le consentement tacite des agences fédérales de protection des peuples indigènes. Ces chercheurs d'or détruisent des villages entiers et répandent à leur tour de nouvelles maladies. En quelques années à peine, 15% de la population Yanomami disparaît. Entre 1990 et 1992, les orpailleurs sont finalement expulsés par le gouvernement fédéral, qui reconnaît comme Territoire indigène les quelques 9,6 millions d'hectares identifiés comme terres des Yanomami par les études anthropologiques.

Le chamanisme est un élément fondamental de la culture des Yanomami. Leur principal leader est Davi Kopenawa, pionnier de la campagne pour la création du Territoire indigène Yanomami, à partir de la fin des années 1970. Lors de la crise de l'invasion des orpailleurs, en 1988, il a remporté un prix du Programme des Nations Unies pour l'environnement. Plus récemment, au milieu d'une nouvelle vague d'invasions, il a remporté le Right Livelihood Award, communément appelé le "Prix Nobel alternatif".



Josane, au premier plan, et Aldeni vivent dans des communautés Yanomami de la région de la rivière Demini : Josane dans le village de Ponto Quebrado, et Aldeni dans la communauté de Watoriki. Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2014.

Jeune fille parée pour une fête. Elle porte des pirimahiki, fines aiguilles en bois utilisées comme piercings autour de la bouche et entre les narines. Elle porte aux bras des parures de "feuilles de miel" (Justicia pectoralis) qui dégagent du parfum. Communauté de Surucucu.
Territoire indigène Yanomami. Etat de Roraima, 1998.

A l'occasion d'une fête, les femmes d'autres communautés viennent danser dans le village de Piaú. Leur arrivée simule une "invasion" : les hommes font mine de tirer des flèches sur les habitants, et tous dansent en cercle. Puis, les leaders échangent des nouvelles de leurs communautés au cours d'un rituel qui ressemble à la poésie improvisée.
Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2019.

Elisangela dans son hamac, dans la maloca principale de la communauté de Piaú.
Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2019.

La maloca de Watoriki, une communauté fondée et dirigée par le chaman Davi Kopenawa
dans la région de la rivière Demini.
Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2014.

Ricardo, communauté de Piaú.
Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2019.

Moko parée pour une fête. Communauté de Totobi.
Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2019.

Le chaman Davi Kopenawa Yanomini - le principal porte-parole des Yanomini et l'un des leaders indigènes les plus renommés au Brésil - lors d'une visite dans la communauté de Piaú.
Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2019.

Edneuza, de la communauté de Piaú. Ses parures faciales sont typiques des groupes Yanomoni. Les aiguilles de bois utilisées comme piercings sont des pirimahiki. Les brassards sont confectionnés à partir de brins de plantes attachés à des rangées de perles, qui composent aussi les colliers
portés en travers du torse.
Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2019.

Chaîne de montagnes du Marauiá.
Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2018.

Près de la rivière Maru, Régio de São Gabriel da Cachoeira.
Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2018.

Chaîne de montagnes du Marauiá. Région de São Gabriel da Cachoeira.
Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2018.


Adriele da Silva André Macuxi vit à Maturacá.
Territoire indigène Raposa-Serra do Sol. Etat de Roraima, 1998.


Mont Roraima, situé à la trijonction du Brésil, du Venezuela et du Guyana. Parc national du mont Roraima. Territoire indigène Raposa-Serra do Sol. Etat de Roraima, 2018.

Le mont Roraima couvert de nuages, à la frontière entre le Brésil et le Guyana.
Parc national du mont Roraima. Etat de Roraima, 2017.




ZO'É

Les Zo'é vivent dans les forêts de l'Etat du Pará, au nord du fleuve Amazone, plus préservées que celles de la rive sud, qui connaissent un processus de dévastation accéléré. Leur territoire, situé non loin de la frontière du Brésil avec les Guyanes, se distingue par son relief qui en rend l'accès difficile par voie fluviale et terrestre. Sa superficie est de 624 000 hectares ; le 22 décembre 2009, il a été officiellement reconnu comme réserve protégée.

Les Zo'é parlent une langue du tronc tupi-guarani. Avant les années 1980 et leurs premiers contacts avec les Blancs, ils ne portaient pas ce nom "Zo'é" qui signifie "nous", était utilisé pour dire "nous sommes des personnes". L'utilisation récurrente de l'expression a fini par en faire un terme d'autodétermination, qui témoigne de la prise de conscience de la différence qui les sépare des autres peuples avec lesquels ils se sont alors mis à vivre : les "non-Indigènes" qu'ils appellent "kirahi".

Comme de nombreux autres peuples d'Amérique, la mythologie des Zo'é raconte qu'au commencement du monde, les animaux étaient des hommes. Cet aspect humain oblige à rendre hommage aux animaux chassés : ont met des noix dans la bouche des porcs morts lorsqu'ils arrivent au village, car ils sont considérés comme des invités d'honneur au banquet où ils seront mangés.

Les femmes portent de fins colliers faits de coquilles d'escargot et de superbes tiares à plumes blanches tirées du poitrail des vautours papes. Ces oiseaux sont capturés par les hommes et gardés en laisse comme animaux e compagnie. Chaque fois qu'ils reviennent d'une expédition de chasse, les Zo'é nourrissent d'abord les vautours, afin qu'ils restent en bonne santé et puissent fournir les plumes utilisées pour les tiares des femmes.

Les Zo'é sont le seul peuple indigène à utiliser le poturu, un labret en bois logé dans la lèvre inférieure. Poturu est le nom du bois qu'ils utilisent pour cet énorme piercing qui est leur signe distinctif.


Siwiwit observe la cuisson de singes-araignées à ventre blanc. Bien qu'ils soient préparés séparément par chaque famille, les repas sont un moment de rassemblement et de partage. Chacun mange dans sa propre oca, mais va aussi d'une oca à l'autre pour goûter les plats ici et là.
Territoire indigène Zo'é. Etat de Pará, 2009.

Au premier plan, les hommes Háj et Sinërayt passent les flèches en revue après avoir pêché à l'arc.
Une petite fille, Wyréhehéj, les observe. Les Zo'é utilisent habituellement un éventail
de flèches plus varié que les autres indigènes.
Territoire indigène Zo'é. Etat de Pará, 2009.

Aratá Zo'é est un chasseur. Ici, il chasse des singes. Les femmes  Zo'é sont polyandres et les hommes sont polygames. Ils ont une façon particulière de résoudre les conflits entre eux, ils utilisent l'humour et les chatouilles pour dissiper les tensions.
Territoire indigène Zo'é. Etat de Pará, 2009.

Kujãikwét de retour d'une expédition de pêche sur la rivière Cuminapanema. 
Territoire indigène Zo'é. Etat de Pará, 2009.

Assises de gauche à droite : Debú, Seí, Aruturú et Seró. Debout : Husã Raijyt. Elles peignent leur corps avec du roucou, fruit d'un arbuste natif des régions tropicales d'Amérique. Les Zo'é utilisent le fruit rouge de cette plante (Bixa orellana) pour colorer leur corps, mais aussi pour cuisiner.
Territoire indigène Zo'é. Etat de Pará, 2009.

Teré et Kewá avec des oiseaux domestiques. Certains jeunes oiseaux, singes, tortues
et même pécaris deviennent des xerimbabos, c'est-à-dire des animaux domestiques de ferme,
et sont élevés comme des enfants de la maison.
Territoire indigène Zo'é. Etat de Pará, 2009.

Famille d'Ypó et Tatytú, de gauche à droite :Ypó, Tatytú, Abú, Tamuatá et Urumuruí, lors d'une marche de six jours du village de Towari Ypi à la rivière Cuminapanema, une expédition de pêche.
Territoire indigène Zo'é. Etat de Pará, 2009.

Hommes Zo'é du village de Towari Ypi. Debout de gauche à droite : Biri, Xú, Sinera'yt, Kurú et Boaté. Assis : Kitá, Dirik, Tuwáj, et Toduá. "Zo'é" signifie "je suis moi", expression probablement utilisée
lors de la période de contact, pour dire "nous sommes des personnes".
Territoire indigène Zo'é. Etat de Pará, 2009.

Arbre qui a perdu ses feuilles, dans la région de la rivière Tapajós, près de Santarém.
Etat de Pará, 2009.



SURUWAHÁ

Installés dans l'Etat d'Amazonas, les Suruwahá ont pris le parti de vivre dans un isolement presque total afin de tenter de conserver au mieux leurs pratiques culturelles traditionnelles.

Ces Indigènes produisent eux-mêmes la nourriture qu'ils consomment et font pour cela usage de techniques agricoles particulièrement raffinées. Pour la chasse, ils utilisent des armes traditionnelles, l'arc et la sarbacane, avec lesquels ils tirent des flèches à pointe empoisonnée - les Suruwahá ont une grande maîtrise des poisons. il n'y a pas de chefs officiels, mais les meilleurs chasseurs bénéficient d'un grand respect : ils sont considérés comme des madi iri karuji, ou "personnes de valeur", et l'admiration qu'on leur porte est proportionnelle au nombre de tapirs qu'ils ont tués.

Un corps fort, signe de santé, est un attribut que les Suruwahá cherchent à mettre en avant. la force musculaire est mise en valeur au cours des activités collectives, comme le rituel consistant à transporté le manioc râpé de la maloca à la rivière pour le faire fermenter. Ils fabriquent un énorme panier d'environ 2,5 m de haut, et le remplissent avec 600 ou 800 kilos de manioc pelé.

Le taux de mortalité des Suruwahá est élevé, en raison d'une pratique assumée et volontaire qui consiste à ingérer du timbó (Derris elliptica), une substance hautement toxique utilisée pour la pêche et qui provoque leur mort. Selon leur cosmologie, la vie est naturellement prélevée par l'esprit agressif d'une plante. La plupart des cas de mortalité se produisent chez des personnes âgées de 14 à 28 ans, en pleine vigueur physique. En effet, selon les Suruwahá, l'au-delà est divisé en trois cieux, où se rendent les âmes des êtres humains après leur mort. Le plus désirable est celle où se retrouvent les personnes qui meurent fortes et en bonne santé, alors que les deux autres rassemblent respectivement les personnes qui ont été mordues par un serpent et celles qui meurent de vieillesse.


Au premier plan : kwkway. A sa droite se trouvent Baxihywy et Warubi.
Territoire indigène Suruwahá. Etat d'Amazonas, 2017.

Le petit garçon à gauche est Gabriel, fils de Naru et Kuxuma ; au centre, devant, l'autre garçon est son cousin, Pikiami, fils de Kawyrara et Diadiau ; derrière, de gauche à droite, Niaxixibu,
fils d'Agunasihini et Harakady ; Giani, Hymanai et Jajawai.
Territoire indigène Suruwahá. Etat d'Amazonas, 2017.

La jeune Hatiri se baigne dans des eaux dormantes de la  rivière Pretão,
aussi appelée Jukihi par les locaux.
Territoire indigène Suruwahá. Etat d'Amazonas, 2017.

Hahani, Tiniru et Ugunja au poste de santé de la SESAI, près de la rivière Pretão (Jukihi). Ugunja est morte quelques mois après cette photo. Les Suruwahá ont un taux de mortalité élevé, causé par l'ingestion volontaire de timbó (Derris ellíptica), substance très toxique.
Territoire indigène Suruwahá. Etat d'Amazonas, 2017.

Musy façonne un jawari, un pot à eau en argile.
Territoire indigène Suruwahá. Etat d'Amazonas, 2017. 

Kwakway finit la toiture en paille de son oca. Le toit sera posé par le maître de la maison, qui lui donnera son nom, mais où tous les Suruwahá vivront ensemble plusieurs mois de l'année.
Les travaux de la toiture peuvent prendre jusqu'à trois ans pour cet homme travaillant seul.
Territoire indigène Suruwahá. Etat d'Amazonas, 2017.

Pêche au timbó ou kunaha, dans la rivière Pretão, que les indigènes appellent Jukihi : depuis leurs canoës, les Suruwahá répandent dans les zones peu profondes ou stagnantes
cette substance toxique qui paralyse les poissons.
Cette technique est surtout utilisée pendant la saison sèche (mars à septembre).
Territoire indigène Suruwahá. Etat d'Amazonas, 2017.

Femmes et fillettes Suruwahá : les adultes ont le visage peint à la façon d'un jaguar. A gauche, Amiahini donne le sein à son bébé. Au fond, Mawini. A sa gauche, assise, Tiabariu, aussi maquillée en jaguar. Près d'elle, Atuniani et son fils. Debout au fond, la personne la plus grande est Hatiri.
Territoire indigène Suruwahá. Etat d'Amazonas, 2017.






YAWANAWÁ

En une cinquantaine d'année, les Yawanawá sont passés de l'invisibilité absolue à l'exubérance culturelle. Ils sont considérés comme une référence aux yeux du monde entier pour leur mode de vie  en harmonie avec la nature et leur culture préservée. Pourtant, en 1970, la communauté ne comptait plus que 120 membres et connaissait un épisode grave : un taux d'alcoolisme très élevé, lié à la déliquescence des liens sociaux. De peur qu'ils ne revendiquent la propriété de leur terre, il leur avait été défendu de parler leur langue devant les non-Indigènes, principalement par les propriétaires des plantations d'hévéas, qui dominaient les forêts de l'Acre depuis la fin du XIXe siècle et les traitaient comme des esclaves. A cela s'ajoutait une menace supplémentaire : la mission évangélique qui avait imposé le culte chrétien et l'abandon des rites traditionnels indigènes.

"Notre langue était interdite, seuls les anciens la connaissaient, les enfants n'apprenaient que le portugais. Nos croyances et traditions étaient considérées comme diaboliques par les missionnaires et beaucoup d'entre nous les croyaient. Nous avons commencé à vivre comme des esclaves, dans le travail comme dans la culture", explique Biraci Brasil Yawanawá, le Bira, qui a pris la tête du groupe au début des années 1990. Le nouveau chef a rapidement expulsé la mission religieuse, éliminé les bibles, rétabli l'enseignement de la langue traditionnelle, du tronc pano, et commencé à encourager l'étude des anciens mythes et histoires afin de reconnecter les nouvelles générations au savoir et à la mémoire des anciens. En trois décennies, la population est passée à environ 1200 personnes. Les Yawanawá sont devenus la preuve vivante que les peuples indigènes, en contrôlant leurs terres peuvent faire coexister culture traditionnelle et esprit d'entreprise. Tout en travaillant à renouer avec les rituels traditionnels et avec leur langue ancestrale, ils sont reliés au monde contemporain par smartphones et ordinateurs, grâce à des antennes wifi installées dans les villages.

L'un des aspects les plus remarquables de ces anciennes traditions est l'art plumaire : les Yawanawá créent des œuvres à plumes parmi les plus élégantes de toute l'Amazonie, le plus souvent faites de plumes blanches d'aigle, un animal sacré pour eux.


Miró (Viná) Yawanawá confectionne des ornements de plume.
C'est l'un des arts traditionnels qu'un débutant se doit d'apprendre à maîtriser.
Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016.

Biraci Brasil (Nishiwaká) Yawanawá, avec Tênpu au fond et Tchanu et João à genoux, brûlent le sepá, afin de produire de la fumée pour un rituel à l'Aldeia Sagrada (village sacré).
Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016.

Biraci Brasil (Nishiwaká) Yawanawá, au centre, avec son fils Shanãihu, à gauche, et son neveu Tãikuru, à droite. Nova Esperança.
Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016.

Maria Yawanawá, le corps peint d'une couleur sombre, tient un pot en argile. Village de Mutum.
Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016.

Keiá Yawanawá, du village de Mutum, peint le dos de la jeune Kanamashi, du village d'Amparo. Elle porte dans les cheveux un ornement fait de plumes d'oiseau en forme de fleur. 
Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016.

Bela Yawanawá, du village de Mutum, avec une coiffe et le visage peint.
Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016.

AlziraYawanawá, du village de Mutum.
Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016.

AdãoYawanawá avec une coiffe en plumes d'aigle et une peinture faite à partir du fruit de l'arbre genipa sur le visage. Village de Nova Esperança.
Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016.

Miró (Viná) Yawanawá avec un chapeau orné d'un bec d'aigle qu'ils appellent "faucon royal".
Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016.


Kanamashi, fille de Toata Yawanawá du village d'Amparo.
Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016.

Shanã, en haut à droite, avec sa femme Taiana à son côté et leurs enfants : de gauche à droite, leur fille Makashê, leur fils Verá et leur fils Tauá, tous du village Yawanawá
de Nova Esperança. 
Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016.

Manda, fille de Jeré (Yawakashahu) Yawanawá du village d'Escondido.
Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016.

Xamã Tatá, l'une des plus hautes figures autorités de la communauté Yawanawá, au cours d'une cérémonie d'ayahuasca.
Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016.

Un coude de la rivière Gregório, au pied de la colline où se trouve le village Yawanawá de Nova Esperança. Cette région d'Acre est constituée de "terre nouvelles" car le cours de la rivière change fréquemment en fonction de la force des inondations.
Territoire indigène du Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016.

Les branches épaisses d'un figuier caoutchouc étranglent le tronc d'un fromager au bord de la rivière Crôa, à Cruzeiro do Sul. Etat d'Acre, 2018.



                                                                                              



Studio installé dans le village Marubo de Mati-Këyawaia, dans la vallée de Javari.
Etat d'Amazonas, 2018.



"Lors de mes visites aux Indigènes, je transportais toujours dans un grand sac une pièce de toile - de 6 x 9 m - pour servir de fond à des séances de portraits. Avec mes assistants, nous installions notre "studio" à l'abri des arbres. Nous recouvrions le sol d'une bâche de 7 x 10 m qui permet de protéger de l'humidité du sol et, dès que surgit une averse, d'enrouler rapidement la toile dedans.

Ces photographies montrent les Indigènes dans leur pleine beauté et leur élégance unique, en séparant les Indigènes de l'exubérance de la forêt. Ils s'habillent quelques fois pour l'occasion, même si "habiller" signifie plutôt peindre leur corps, porter des coiffes de plumes, tenir un singe ou porter une arme.
Normalement, beaucoup des activités d'une communauté indigène se déroulent sur les campements de pêche ou de chasse, distants des villages. Mais au retour, durant les jours de repos, je m'installe toute la journée près du studio et j'attends que ceux qui le veulent bien viennent se faire photographier de cette façon si spéciale." 

Sebastiáo Salgado



Extraits du diaporama de photos
Diaporama réalisé sur la musique de Rodolfo Stroeter et les chants de Bugge Wesseltoft, Lelo Nazario, Marlui Miranda, Noa Stroeter, Ricardo Mosca, Rolfo Stroeter et Teco Cardoso