C'est exposé !
Au fil de l'année, mes sorties expos...
Sebastião Salgado
"Amazônia"
"Amazônia"
Novembre 2022, Avignon, Palais des Papes
Sebastião
Salgado, reporter-photographe franco-brésilien né en 1944 au Brésil.
Membre de l'Académie américaine des Arts et des Sciences et de l'Académie des
Beaux-Arts en France.
Travaille exclusivement en argentique noir et blanc.
Composition musicale de l'exposition créée par Jean-Michel Jarre, ambassadeur de l'Unesco depuis 1993, à partir de sons concrets enregistrés dans la forêt : bruissements des arbres, chants des oiseaux, fracas des eaux...
Au Palais des Papes...
L'expo
"Amazônia"
L'Amazonie a toujours frappé les imaginations. Si elle fait naître bien des
métaphores son image est bien souvent éloignée de la réalité. Ce vaste
territoire est sur neuf pays d'Amérique du Sud avec une superficie dix fois
supérieure à celle de la France. Plus de 60% de cette forêt tropicale, la plus
grande au monde, se trouve sur le sol brésilien.
Lorsque les navigateurs portugais ont accosté au Brésil en l'an 1500, dans
cette dense et riche végétation irriguée par d'innombrables rivières, vivait
une population estimée à environ 5 millions d'habitants. Aujourd'hui, ils ne
sont plus que 370 000, répartis en 188 groupes qui parlent 150 langues
différentes. Et, à ce jour, 144 groupes identifiés n'ont jamais été contactés.
Depuis le XVIIe siècle, villes et cités ont poussé le long du fleuve Amazone
et de ses affluents. Mais le milieu du XXe siècle a marqué le début d'un
triste chapitre dans la lutte pour la survie des populations locales : les
flux migratoires venant du sud du pays ont conduit à la déforestation pour
faire place à l'élevage de bovins et à la culture du soja. De nouvelles routes
et l'ouverture de voies navigables ont facilité l'accès aux entreprises
forestières et aux orpailleurs.
La forêt amazonienne est soumise, principalement sur ses bordures, à une
constante prédation de la biodiversité. Chaque année, des dizaines de milliers
d'exploitations agricoles augmentent leurs superficies, grignotant l'immense
forêt, détruisant peu à peu les territoires indigènes malheureusement
avoisinants.
La forêt amazonienne est le seul endroit au monde où le système d'humidité de
l'air ne dépend pas de l'évaporation des océans : chaque arbre fonctionne tel
un aérateur dispensant des centaines de litres d'eau par jour dans
l'atmosphère, créant des rivières aériennes encore plus volumineuses que le
fleuve Amazone.
Les images satellitaires montrent invariablement une forêt tropicale en grande
partie masquée par les nuages. Le jour où la jungle sera parfaitement visible
depuis l'espace, sera aussi le jour où les "rivières volantes" auront disparu,
avec les conséquences catastrophiques qui en résultent pour notre planète.
Cette exposition est le fruit de sept ans d'expériences humaines et
d'expéditions photographiques - par la terre, l'eau et l'air - dans une
Amazonie encore méconnue qui ne cesse de nous étonner par la culture et
l'ingéniosité de ses peuples, par ses mystères, sa puissance et sa beauté
inégalée. Grâce à l'impénétrabilité de la jungle, des peuples ont pu préserver
pendant des siècles leurs modes de vie traditionnels. Aujourd'hui, les voici
gravement menacés, ainsi que la survie de la forêt.
Ces images sont un témoignage de ce qui existe encore avant que davantage ne
disparaisse. Pour que la vie et la nature surmontent l'extermination et la
destruction, il est un devoir pour les êtres humains de la planète entière, de
participer à sa protection.
Sebastião Salgado
Lélia Wanick Salgado
MARUBO
Comme chez d'autres peuples de l'extrême ouest de l'Amazonie, la mythologie
des Marubo est fortement influencée par la mémoire de leurs relations avec
l'Empire inca : plusieurs récits mythiques mentionnent les voyages de leurs
ancêtres pour aller chercher des biens chez les Incas, par exemple des
pierres, si rares dans leur région de la vallée de Javari, où la terre est
sablonneuse. Peut-être doivent-ils leur propre nom à leur relation avec les
Incas : le mot "Marubo" ne signifie rien dans leur langue, qui appartient à la
famille linguistique pano. Il est possible qu'il s'agisse d'une déformation du
quechua "Mayoruna", ou "peuple de la rivière", qui servait aussi à désigner
leurs voisins les Matsés.
Les Marubo vivent dans des maisons communautaires, des "malocas", de forme
oblongue situées au centre du village. Chaque maison a un "maître", qui est le
chef de la communauté et qui est également responsable de la construction de
la maison et de son entretien structurel. Sa famille occupe les espaces les
plus proches de l'entrée principale, ce qui fait aussi de lui une sorte de
gardien de la maison.
Actuellement, la population Marubo compte un peu plus de 2000 personnes. Le
Territoire indigène de la vallée de Javari, qu'ils habitent, est l'un des plus
grands du Brésil, avec 8,5 millions d'hectares, et abrite plusieurs autres
peuples : les Korubo, Matis, Matsés, Katukina et plusieurs autres communautés
isolées.
L'expérience de la cohabitation avec les non-Indigènes pendant plus d'un
siècle fait partie intégrante de la formation des jeunes Marubo, pour qui il
est important de bien apprendre le portugais. C'est pourquoi ils sont nombreux
à devenir traducteurs et intermédiaires dans les relations avec les agents de
l'Etat (comme le personnel infirmier des postes de santé par exemple) et pour
soutenir les actions des organisations de défense des Indigènes comme le
montre leur participation constante aux expéditions de contact des autres
peuples de la région.
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Près du village de Maronal. Txomãewa au premier plan. Derrière : Vonchi Peko, Txonani Ewa, Kena, Paichî et Rao. |
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| Akö-Ewa, la femme du chef Ivinimpa, utilise un fuseau pour filer du coton. Village de Maronal. Territoire indigène Marubo de la vallée de Javari. Etat d'Amazonas, 1998. |
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Akö-Ewa et son fils Shako dans la cuisine de la
maloca principale du village de Maronal, celle du chef Ivinimpa. Territoire indigène Marubo de la vallée de Javari. Etat d'Amazonas, 2018. |
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Pluie sur un igapó, un type de forêt fréquemment inondée par
un cours d'eau. Au centre, un palmier açaí-solteiro. Rivière Jaú, parc national Jaú. Etat d'Amazonas, 2019. |
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Une formation de palmiers jauari. Rivière Jaú, parc national de Jaú. Etat d'Amazonnas, 2019. |
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Aras. Les parents et leur petit. Parc national de Jaú. Etat d'Amazonnas, 2019. |
ANAVILHANAS
Des îles au fil de l'eau
Dans l'immensité de la forêt amazonienne, la bataille que se livrent la
terre et l'eau depuis la nuit des temps a donné naissance au plus grand
archipel d'eau douce au monde, les Anavilhanas, dont les îles aux formes
infinies ponctuent les eaux sombres du Rio Negro. Depuis les airs, le
spectacle est stupéfiant et s'étire aussi loin que le regard peut
porter. Au niveau de l'eau, il s'agit d'un gigantesque puzzle où seuls
les pilotes de bateaux aguerris savent naviguer sans encombre parmi
cette myriade d'écueils naturels.
La plupart des grandes terres émergées sont elles-mêmes recouvertes
d'une végétation tropicale dense. S'il est impossible de déterminer le
nombre exact de ces îles, estimé entre 350 et 400, c'est parce que
certains îlots de faible altitude peuvent disparaître, provisoirement ou
à tout jamais, lorsque la saison des pluies élève le niveau des eaux de
plus de 20 m. De sorte que, d'année en année, les photographies
satellitaires restituent un archipel en constante recomposition.
Ces îles du Rio Negro apparaissent à environ 80 kilomètres au nord-ouest
de Manaus et, sous la forme de deux bancs principaux, s'égrènent sur
quelque 400 kilomètres vers l'amont jusqu'à Barcelos, première ville
fondée par les colons portugais arrivés par voiliers au milieu du XVIIIe
siècle.
L'intensité des inondations dépend de la fonte des neiges sur les
montagnes des Andes en Colombie, où se trouve l'une des sources du Rio
Negro. Le courant de la rivière donne aux îles des formes allongées qui
suivent la direction de l'eau.
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Orages sur le bas Rio Negro, près de la confluence avec le Rio
Branco et de l'archipel des Anavilhanas. Etat d'Amazonas, 2019. |
YANOMAMI
Les Yanomami constituent le peuple indigène le plus nombreux au monde
vivant dans un quasi-isolement : ils sont environ 40 000 personnes, dont 28
000 au Brésil et les autres au Venezuela. Ils vivent depuis près de mille
ans autour de la plus haute chaîne de montagnes du territoire brésilien :
le contact avec les Blancs ayant au fil des siècles décimé les peuples des
vallées, le territoire des Yanomani s'est peu à peu déplacé vers les zones
basses du territoire. Les Yanomani du Brésil vivent à sa frontière avec le
Venezuela, dans le plus grand territoire indigène du pays qui s'étend du
nord de l'Etat du Roraima jusqu'au Rio Negro dans l'Etat d'Amazonas. On
connaît parmi eux au moins un groupe totalement isolé.
C'est à partir de la seconde moitié du XXe siècle qu'ils ont été davantage
exposés à la présence de représentants non-Indigènes : missionnaires
religieux, explorateurs, agents de l'Etat brésilien chargés de marquer les
frontières. A partir des années 1970, sous l'idéologie développementaliste
dominante, la dictature brésilienne militaire (1964-1985) décida de faire
passer plusieurs routes par leurs terres. Vulnérables aux maladies des
Blancs, les Indigènes furent alors victimes de vagues successives
d'épidémies de grippe, de paludisme, de rougeole et de maladies sexuellement transmissibles.
Dans les années 1980, ce sont des dizaines de milliers d'orpailleurs
illégaux qui envahissent la région, avec le consentement tacite des
agences fédérales de protection des peuples indigènes. Ces chercheurs d'or
détruisent des villages entiers et répandent à leur tour de nouvelles
maladies. En quelques années à peine, 15% de la population Yanomami
disparaît. Entre 1990 et 1992, les orpailleurs sont finalement expulsés
par le gouvernement fédéral, qui reconnaît comme Territoire indigène les
quelques 9,6 millions d'hectares identifiés comme terres des Yanomami par
les études anthropologiques.
Le chamanisme est un élément fondamental de la culture des Yanomami. Leur
principal leader est Davi Kopenawa, pionnier de la campagne pour la
création du Territoire indigène Yanomami, à partir de la fin des années
1970. Lors de la crise de l'invasion des orpailleurs, en 1988, il a
remporté un prix du Programme des Nations Unies pour l'environnement. Plus
récemment, au milieu d'une nouvelle vague d'invasions, il a remporté le
Right Livelihood Award, communément appelé le "Prix Nobel alternatif".
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Elisangela dans son hamac, dans la maloca principale de la
communauté de Piaú. Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2019. |
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La maloca de Watoriki, une communauté fondée et dirigée par
le chaman Davi Kopenawa dans la région de la rivière Demini. Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2014. |
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Ricardo, communauté de Piaú. Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2019. |
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Moko parée pour une fête. Communauté de Totobi. Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2019. |
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Chaîne de montagnes du Marauiá. Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2018.
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Chaîne de montagnes du Marauiá. Région de São Gabriel da
Cachoeira. Territoire indigène Yanomami. Etat d'Amazonas, 2018. |
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Adriele da Silva André Macuxi vit à Maturacá. Territoire indigène Raposa-Serra do Sol. Etat de Roraima, 1998. |
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| Mont Roraima, situé à la trijonction du Brésil, du Venezuela et du Guyana. Parc national du mont Roraima. Territoire indigène Raposa-Serra do Sol. Etat de Roraima, 2018. |
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Le mont Roraima couvert de nuages, à la frontière entre le Brésil et
le Guyana. Parc national du mont Roraima. Etat de Roraima, 2017. |
ZO'É
Les Zo'é vivent dans les forêts de l'Etat du Pará, au nord du fleuve
Amazone, plus préservées que celles de la rive sud, qui connaissent un
processus de dévastation accéléré. Leur territoire, situé non loin de la
frontière du Brésil avec les Guyanes, se distingue par son relief qui en
rend l'accès difficile par voie fluviale et terrestre. Sa superficie est de
624 000 hectares ; le 22 décembre 2009, il a été officiellement reconnu comme
réserve protégée.
Les Zo'é parlent une langue du tronc tupi-guarani. Avant les années 1980 et
leurs premiers contacts avec les Blancs, ils ne portaient pas ce nom "Zo'é"
qui signifie "nous", était utilisé pour dire "nous sommes des personnes".
L'utilisation récurrente de l'expression a fini par en faire un terme
d'autodétermination, qui témoigne de la prise de conscience de la différence
qui les sépare des autres peuples avec lesquels ils se sont alors mis à
vivre : les "non-Indigènes" qu'ils appellent "kirahi".
Comme de nombreux autres peuples d'Amérique, la mythologie des Zo'é raconte
qu'au commencement du monde, les animaux étaient des hommes. Cet aspect
humain oblige à rendre hommage aux animaux chassés : ont met des noix dans
la bouche des porcs morts lorsqu'ils arrivent au village, car ils sont
considérés comme des invités d'honneur au banquet où ils seront mangés.
Les femmes portent de fins colliers faits de coquilles d'escargot et de
superbes tiares à plumes blanches tirées du poitrail des vautours papes. Ces
oiseaux sont capturés par les hommes et gardés en laisse comme animaux e
compagnie. Chaque fois qu'ils reviennent d'une expédition de chasse, les
Zo'é nourrissent d'abord les vautours, afin qu'ils restent en bonne santé et
puissent fournir les plumes utilisées pour les tiares des femmes.
Les Zo'é sont le seul peuple indigène à utiliser le poturu, un labret
en bois logé dans la lèvre inférieure. Poturu est le nom du bois
qu'ils utilisent pour cet énorme piercing qui est leur signe distinctif.
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Kujãikwét de retour d'une expédition de pêche sur la rivière
Cuminapanema. Territoire indigène Zo'é. Etat de Pará, 2009. |
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Arbre qui a perdu ses feuilles, dans la région de la rivière
Tapajós, près de Santarém. Etat de Pará, 2009. |
SURUWAHÁ
Installés dans l'Etat d'Amazonas, les Suruwahá ont pris le parti de vivre
dans un isolement presque total afin de tenter de conserver au mieux leurs
pratiques culturelles traditionnelles.
Ces Indigènes produisent eux-mêmes la nourriture qu'ils consomment et font
pour cela usage de techniques agricoles particulièrement raffinées. Pour la
chasse, ils utilisent des armes traditionnelles, l'arc et la sarbacane, avec
lesquels ils tirent des flèches à pointe empoisonnée - les Suruwahá ont une
grande maîtrise des poisons. il n'y a pas de chefs officiels, mais les
meilleurs chasseurs bénéficient d'un grand respect : ils sont considérés
comme des madi iri karuji, ou "personnes de valeur", et l'admiration
qu'on leur porte est proportionnelle au nombre de tapirs qu'ils ont tués.
Un corps fort, signe de santé, est un attribut que les Suruwahá cherchent à
mettre en avant. la force musculaire est mise en valeur au cours des
activités collectives, comme le rituel consistant à transporté le manioc
râpé de la maloca à la rivière pour le faire fermenter. Ils
fabriquent un énorme panier d'environ 2,5 m de haut, et le remplissent avec
600 ou 800 kilos de manioc pelé.
Le taux de mortalité des Suruwahá est élevé, en raison d'une pratique
assumée et volontaire qui consiste à ingérer du timbó (Derris elliptica), une substance hautement toxique utilisée pour la pêche et qui provoque
leur mort. Selon leur cosmologie, la vie est naturellement prélevée par
l'esprit agressif d'une plante. La plupart des cas de mortalité se
produisent chez des personnes âgées de 14 à 28 ans, en pleine vigueur
physique. En effet, selon les Suruwahá, l'au-delà est divisé en trois cieux,
où se rendent les âmes des êtres humains après leur mort. Le plus désirable
est celle où se retrouvent les personnes qui meurent fortes et en bonne
santé, alors que les deux autres rassemblent respectivement les personnes
qui ont été mordues par un serpent et celles qui meurent de vieillesse.
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Au premier plan : kwkway. A sa droite se trouvent Baxihywy et
Warubi. Territoire indigène Suruwahá. Etat d'Amazonas, 2017. |
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La jeune Hatiri se baigne dans des eaux dormantes de la
rivière Pretão, aussi appelée Jukihi par les locaux. Territoire indigène Suruwahá. Etat d'Amazonas, 2017. |
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Musy façonne un jawari, un pot à eau en argile.
Territoire indigène Suruwahá. Etat d'Amazonas, 2017. |
YAWANAWÁ
En une cinquantaine d'année, les Yawanawá sont passés de l'invisibilité
absolue à l'exubérance culturelle. Ils sont considérés comme une référence
aux yeux du monde entier pour leur mode de vie en harmonie avec la
nature et leur culture préservée. Pourtant, en 1970, la communauté ne
comptait plus que 120 membres et connaissait un épisode grave : un taux
d'alcoolisme très élevé, lié à la déliquescence des liens sociaux. De peur
qu'ils ne revendiquent la propriété de leur terre, il leur avait été défendu
de parler leur langue devant les non-Indigènes, principalement par les
propriétaires des plantations d'hévéas, qui dominaient les forêts de l'Acre
depuis la fin du XIXe siècle et les traitaient comme des esclaves. A cela
s'ajoutait une menace supplémentaire : la mission évangélique qui avait
imposé le culte chrétien et l'abandon des rites traditionnels indigènes.
"Notre langue était interdite, seuls les anciens la connaissaient, les
enfants n'apprenaient que le portugais. Nos croyances et traditions étaient
considérées comme diaboliques par les missionnaires et beaucoup d'entre nous
les croyaient. Nous avons commencé à vivre comme des esclaves, dans le
travail comme dans la culture", explique Biraci Brasil Yawanawá, le Bira,
qui a pris la tête du groupe au début des années 1990. Le nouveau chef a
rapidement expulsé la mission religieuse, éliminé les bibles, rétabli
l'enseignement de la langue traditionnelle, du tronc pano, et commencé à
encourager l'étude des anciens mythes et histoires afin de reconnecter les
nouvelles générations au savoir et à la mémoire des anciens. En trois
décennies, la population est passée à environ 1200 personnes. Les Yawanawá
sont devenus la preuve vivante que les peuples indigènes, en contrôlant
leurs terres peuvent faire coexister culture traditionnelle et esprit
d'entreprise. Tout en travaillant à renouer avec les rituels traditionnels
et avec leur langue ancestrale, ils sont reliés au monde contemporain par
smartphones et ordinateurs, grâce à des antennes wifi installées dans les
villages.
L'un des aspects les plus remarquables de ces anciennes traditions est l'art
plumaire : les Yawanawá créent des œuvres à plumes parmi les plus élégantes
de toute l'Amazonie, le plus souvent faites de plumes blanches d'aigle, un
animal sacré pour eux.
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Miró (Viná) Yawanawá confectionne des ornements de plume. C'est l'un des arts traditionnels qu'un débutant se doit d'apprendre à maîtriser. Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016. |
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Biraci Brasil (Nishiwaká) Yawanawá, au centre, avec son fils
Shanãihu, à gauche, et son neveu Tãikuru, à droite. Nova
Esperança. Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016. |
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Maria Yawanawá, le corps peint d'une couleur sombre, tient un pot en
argile. Village de Mutum. Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016. |
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Bela Yawanawá, du village de Mutum, avec une coiffe et le visage
peint. Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016. |
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AlziraYawanawá, du village de Mutum. Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016. |
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AdãoYawanawá avec une coiffe en plumes d'aigle et une peinture faite
à partir du fruit de l'arbre genipa sur le visage. Village de Nova
Esperança. Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016. |
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Miró (Viná) Yawanawá avec un chapeau orné d'un bec d'aigle qu'ils
appellent "faucon royal". |
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Kanamashi, fille de Toata Yawanawá du village d'Amparo. Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016. |
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Manda, fille de Jeré (Yawakashahu) Yawanawá du village
d'Escondido. Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016. |
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Xamã Tatá, l'une des plus hautes figures autorités de la communauté
Yawanawá, au cours d'une cérémonie d'ayahuasca. Territoire indigène Rio Gregório. Etat d'Acre, 2016. |
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Les branches épaisses d'un figuier caoutchouc étranglent le tronc
d'un fromager au bord de la rivière Crôa, à Cruzeiro do Sul. Etat
d'Acre, 2018. |
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Studio installé dans le village Marubo de Mati-Këyawaia, dans la
vallée de Javari. Etat d'Amazonas, 2018. |
"Lors de mes visites aux Indigènes, je transportais toujours dans un
grand sac une pièce de toile - de 6 x 9 m - pour servir de fond à des
séances de portraits. Avec mes assistants, nous installions notre
"studio" à l'abri des arbres. Nous recouvrions le sol d'une bâche de 7 x
10 m qui permet de protéger de l'humidité du sol et, dès que surgit une
averse, d'enrouler rapidement la toile dedans.
Ces photographies montrent les Indigènes dans leur pleine beauté et leur
élégance unique, en séparant les Indigènes de l'exubérance de la forêt.
Ils s'habillent quelques fois pour l'occasion, même si "habiller"
signifie plutôt peindre leur corps, porter des coiffes de plumes, tenir
un singe ou porter une arme.
Normalement, beaucoup des activités d'une communauté indigène se
déroulent sur les campements de pêche ou de chasse, distants des
villages. Mais au retour, durant les jours de repos, je m'installe toute
la journée près du studio et j'attends que ceux qui le veulent bien
viennent se faire photographier de cette façon si spéciale."
Sebastiáo Salgado
Extraits du diaporama de photos
Diaporama réalisé sur la musique de Rodolfo Stroeter et les chants de Bugge Wesseltoft, Lelo Nazario, Marlui Miranda, Noa Stroeter, Ricardo Mosca, Rolfo Stroeter et Teco Cardoso