Pages vagabondes
Au fil des lectures, quelques uns de mes grands voyages...
Il est des livres qui, une fois fermés, continuent de vous susurrer
leur mélodie. Des personnages qui, par delà les mots, continuent de vous habiter...
C'est de ceux-là dont je veux parler.
Erri de Luca, AU NOM DE LA MÈRE, éd. Gallimard, 2006 Roman, nativité, maternité, naissance du christianisme |
L'histoire la plus ancienne, la plus connue et surtout la plus pure, celle de Marie et Joseph, revisitée à travers Myriàm une jeune femme Juive et Iosef. Cette histoire devient ici intime.
Myriàm est femme et future mère, Iosef est un homme doux et compréhensif. L'amour les unit. Ils prennent chair et épaisseur à travers les sentiments qu'ils ressentent, les événements extraordinaires qu'ils vivent. Mais surtout, Myriàm, est transfigurée par la maternité, elle devient, dans ce récit, lumière.De vous à moi, de moi à vous...
Comment être crédible ? Un ange ? Quelle idée ! Tu es enceinte Myriàm, enceinte avant tes noces ! Iosef sait bien que la loi et son couperet sont sans concession, c'est lui qui devra te jeter la première pierre, lui le trahi, l'offensé. Que vont dire les gens du village, c'est insensé !
Mais tu crois, Myriàm, en l'amour et l'enfant que tu portes, ta force et ta sincérité te donnent le courage de tout assumer tandis que ta candeur te porte et te magnifie.
Ton destin et l'Histoire s'accomplissent, il est grand temps de quitter Nazareth pour Bethléem et donner naissance à Ieshu...
"Mon Iosef, beau et compact à mourir, serrait ses bras contre son corps, essayait de rester calme, plié comme s'il avait mal au ventre. La nouvelle lui faisait l'effet d'une trombe arrachant les toits. [...] Ses cheveux aux mèches agitées se rabattaient sur son front clair, dansaient devant ses yeux, je les lui arrangeais par des caresses. Il était encore plus beau dans son bouleversement."
""Qu'a-t-il dit d'autre, quoi d'autre ?" demandait Iosef inquiet, la tête entre les mains, les yeux à terre. "Essaie de te souvenir Myriàm, c'est important, que voulait-il faire savoir d'autre ?".
Extraits :
"La voix du messager était arrivée en même temps qu'un souffle d'air. Je m'étais levée pour fermer les volets et j'ai aussitôt été couverte d'un vent, d'une poussière céleste, au point de fermer les yeux. [...] Dans les bras de ce vent, la voix et la silhouette d'un homme se trouvaient devant moi.[...] J'étais debout et je l'ai vu à contre-jour devant la fenêtre. J'ai baissé les yeux que j'avais rouverts. Je suis une épouse promise et je ne dois pas regarder les hommes en face.[...] Je suis restée muette. C'était bien l'accueil qu'il lui fallait, il m'a annoncé un fils. Destiné à de grandes choses, de grands saluts, mais j'ai fait peu attention aux promesses. Dans mon corps, dans mon sein, s'était créé un espace. Une petite amphore d'argile encore fraîche s'est posée au creux de mon ventre."
"Mon Iosef, beau et compact à mourir, serrait ses bras contre son corps, essayait de rester calme, plié comme s'il avait mal au ventre. La nouvelle lui faisait l'effet d'une trombe arrachant les toits. [...] Ses cheveux aux mèches agitées se rabattaient sur son front clair, dansaient devant ses yeux, je les lui arrangeais par des caresses. Il était encore plus beau dans son bouleversement."
""Qu'a-t-il dit d'autre, quoi d'autre ?" demandait Iosef inquiet, la tête entre les mains, les yeux à terre. "Essaie de te souvenir Myriàm, c'est important, que voulait-il faire savoir d'autre ?".
Les hommes donnent tant d'importance aux mots, pour eux c'est tout ce qui compte, ce qui a de la valeur. Iosef les voulait afin de pouvoir les rapporter. Il imagina aussitôt les conséquences légales. L'annonce avait rompu notre promesse. J'étais enceinte d'un ange en avent, avant le mariage. C'est pourquoi il demandait d'autres paroles à rapporter à l'assemblée, en quête d'une défense face à la ville."
"Pendant que cela arrivait, je regardais par terre, ma robe jusqu'aux pieds. En dessous, mon corps fermé était calme comme un champ de neige. Tandis qu'il parlait, moi je devenais mère. Les hommes ont besoin de mots pour trouver consistance, ceux de l'ange pour moi étaient du vent à laisser aller. Il apportait des mots et des semences, pour moi une seule suffisait."
"Je ne me souciais pas des conséquences, désormais je n'appartenais plus à la loi. J'essayais de me souvenir, mais je ne voyais que de la gaieté, une fête pour cette niche dans mon corps qui me faisait mère sans l'aide d'un homme."
"Cette nuit-là nous parlâmes jusqu'à l'aube. Iosef dit : "Miriàm, j'attendrai la naissance de ton fils pour te toucher. J'attendrai que s'accomplissent tes jours. Je ne profanerai pas de ma chair ton ventre rempli par l'annonce." Je lui demandais si c'était un ordre de l'ange, il répondit que non, telle était sa volonté. "C'est aussi ton fils, Iosef, tu as défendu sa vie. C'est ton fils deux fois parce que tu as aussi donné à sa mère une deuxième vie.
"Pendant que cela arrivait, je regardais par terre, ma robe jusqu'aux pieds. En dessous, mon corps fermé était calme comme un champ de neige. Tandis qu'il parlait, moi je devenais mère. Les hommes ont besoin de mots pour trouver consistance, ceux de l'ange pour moi étaient du vent à laisser aller. Il apportait des mots et des semences, pour moi une seule suffisait."
"Je ne me souciais pas des conséquences, désormais je n'appartenais plus à la loi. J'essayais de me souvenir, mais je ne voyais que de la gaieté, une fête pour cette niche dans mon corps qui me faisait mère sans l'aide d'un homme."
"Cette nuit-là nous parlâmes jusqu'à l'aube. Iosef dit : "Miriàm, j'attendrai la naissance de ton fils pour te toucher. J'attendrai que s'accomplissent tes jours. Je ne profanerai pas de ma chair ton ventre rempli par l'annonce." Je lui demandais si c'était un ordre de l'ange, il répondit que non, telle était sa volonté. "C'est aussi ton fils, Iosef, tu as défendu sa vie. C'est ton fils deux fois parce que tu as aussi donné à sa mère une deuxième vie.
-C'est ton fils, Miriàm, mais pour le monde je serai son père. Je l'inscrirai sous mon nom, il sera dans la descendance de la race de Judas, quatrième fils de Jacob-Israël. Il sera mis dans la liste qui passe par David. Je lui raconterai l'histoire de ma famille, je lui enseignerai mon métier. Ne crains rien, Miriàm, je serai son père, mais il t'appartient."
""Miriàm, tu sais ce qu'est la grâce ?
""Miriàm, tu sais ce qu'est la grâce ?
-Non pas précisément, répondis-je.
-Il ne s'agit pas d'une allure séduisante, ni de la démarche de certaines de nos femmes bien en vue. C'est la force surhumaine d'affronter le monde seul, sans effort, de le défier en duel tout entier sans même se décoiffer. Elle n'est pas féminine, c'est un talent de prophète. C'est un don et tu l'as reçu. Je l'ai vu sur toi le soir de la rencontre et depuis lors tu l'as sur toi. Tu es pleine de grâce. Autour de toi, il y a une barrière de grâce, une forteresse. Toi tu la répands, Miriàm, même sur moi."
"Ainsi suis-je restée vierge et pourtant épouse, vierge et pourtant mère."
"Ainsi suis-je restée vierge et pourtant épouse, vierge et pourtant mère."
"J'y arriverai, je serai très bien ici. Tu as trouvé l'endroit qu'il fallait, chaud et tranquille. J'y arriverai Iosef, je suis une femme pour ça. A l'aube je mettrai Ieshu sur tes genoux." Les douleurs avaient commencé. Iosef disposa de la paille sur les pierres sèches, étendit dessus une couverture et les peaux. Je lui demandait le couteau et une bassine d'eau. Je m'allongeai. Mon cœur battait plus violemment, ses coups tapaient à mes tempes, au point de fermer les yeux. Personne autour, la petite étable était à l'extérieur, dans les champs. Une lumière tombait d'une ouverture du toit de roseaux et de branchages. C'était elle, la comète, suspendue au ciel comme une lanterne."
"Je n'ai pas appelé Iosef. Je lui avais promis un fils à l'aube et il faisait encore nuit. Jusqu'à la première lueur du jour Ieshu n'est qu'à moi.[...] Dehors, il y a le monde, les pères, les lois, les armées, les registres sur lesquels inscrire ton nom, la circoncision qui te donnera l'appartenance à un peuple. Dehors il y a une odeur de vin. Dehors, il y a le campement des hommes. Ici, il n'y a que nous, une chaleur de bêtes nous enveloppe et nous met à l'abri du monde jusqu'à l'aube. Puis ils entreront et toi tu ne seras plus à moi."
"La lumière de l'étoile pâlit, le jour vient en glissant depuis l'orient et sort la nuit de ses gonds. Les bergers comptent leurs brebis avant de les disperser sur leurs pâturages. Iosef est devant la porte. Ieshu, mon enfant, je te présente le monde. Entre, Iosef, celui-ci est maintenant ton fils."
Un texte court et poétique qui nous fait pénétrer dans l'intimité d'un couple et non pas des moindres. On ne peut les imaginer si réels, si proches de nous, face aux craintes, aux attentes et aux espoirs, ils deviennent êtres et ne sont plus icones. Confrontés à des réalités comme la loi, c'est l'amour qu'ils ressentent l'un pour l'autre qui leur permet de franchir les obstacles.
L'écriture de Erri de Luca
Un texte court et poétique qui nous fait pénétrer dans l'intimité d'un couple et non pas des moindres. On ne peut les imaginer si réels, si proches de nous, face aux craintes, aux attentes et aux espoirs, ils deviennent êtres et ne sont plus icones. Confrontés à des réalités comme la loi, c'est l'amour qu'ils ressentent l'un pour l'autre qui leur permet de franchir les obstacles.
Marie est une magnifique mère portée par l'enfant qui grandi en elle.
Une douce et merveilleuse rencontre !
Une douce et merveilleuse rencontre !